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blog de lanuitparle

Un truc où j'écris

 

vous êtes ... à avoir visité

28 décembre 2006 4 28 /12 /décembre /2006 12:11

28 décembre
Le lavoir de Geay
Tous ces week-ends passés à Pont l'Abbé. Maman m'envoie chercher des pommes chez Aubert, du pain chez le boulanger du village chez lequel je n'étais pas allé depuis plus de 10 ans sans doute. Je me rends compte que je me familiarise avec le village, ses habitants, que j'ose davantage m'y montrer, y être naturellement sans craindre de croiser mes amis d'enfance ou les personnes que je connaissais. Je m'y habitue, redeviens d'ici. Me sens d'ici de plus en plus. Y'a quelque chose de l'ordre de l'apprivoisement, je m'habitue, le village aussi s'habitue. Des repères s'y construisent. Je me rendrai compte plus tard que le village me manque.
Une pratique corporelle du village qui passe par des circulations, plutôt passer par là mais plus par évitement, parce que le village impose ses circulations.
Je repense à Francis, notre voisin et à Manon, la femme de Marc, le frère de papa, qui passent à la maison rendre visite à papa, tous deux bouleversés par la vision de papa, son état de faiblesse. C'est bien le moment de s'intéresser à papa. Je sais leur bouleversement sincère.

Le défilé va-t-il commencer ?

Allez m'ssieursdames, la visite va commencer. D'abord bien identifier les objets nouveaux de cet univers : là un lit médicalisé "tiens maman, tu montres comment on relève la tête du lit électriquement", merci maman.
Approchez m'ssieursdames "maintenant le malade". Et l'air contrit à chaque fois. Ca veut dire quoi faire acte de contrition. Définition du Hachette "pour les chrétiens, repentir sincère d'avoir péché". Je les sais "sincères" cela n'en reste pas moins insupportable.

On va peut-être trier tout cela comme les pommes.
Bon alors les contrits par ici, plutôt là m'ssieursdames, les cons, plutôt par là, vous passerez en dernier, y a-t-il encore des cons parmi vous, oui vous, par ici monsieur je vous en prie, vous connaissiez papa, non même pas, bon ben qu'est ce qu'on fait, ça vous occupe ? Ben si ça vous occupe, restez donc un moment mais je sais pas si vous aurez de la galette. Ne poussez pas m'ssieurs dames, y'en aura pour tout le monde, papa va pas se barrer. Oui oui je sais pour les cons, qu'un "con en soi" n'existe pas, que tout cela est relatif. Certes, bon ben les cons relatifs par rapport à moi et tout et tout, mettez vous plutôt là. Oui là.

Et puis ceux que ça fait plaisir de voir qui ont toujours été là, seront là après. Jacqueline pourtant si décriée par maman, Alice si discrète, G. si malheureuse. Et d'autres bien-sûr.

Ce retour au pays change quelque chose en moi, tenté d'écrire "transforme en moi", ce que Merleau Ponty appellerait "mon être au monde", j'y redécouvre mon pays, ma région, ses pierres que j'aimais, son calcaire, son architecture, sa nature. Je rapproche cela, en relisant ce texte 3 ans plus tard, de ce que Nicole disait au sujet de notre appartenance religieuse. Nous sommes chrétiens disait-elle qu’on le veuille ou non. Peut-être est-on d’un lieu de la même façon ? Qu'est ce que c'est gnangnan, peut-on être autre chose que gnangnan dans l'évocation de ses propres émotions ? C'est sans doute le premier jet qui est gnangnan, il me faudra le reprendre.
Je ne connaissais pas le lavoir de Geay que je découvre au sortir de chez Aubert, intrigué par le lieu que je n'arrive pas à "ranger", à mettre dans une de mes catégories mentales. Je ne le trouve ni beau, ni fort, n'ai pas d'émotion particulière, je le sais là depuis plusieurs dizaines d'années, plus d'un siècle sans doute, et là encore plus tard, bien près nous. Le vigny qui est en moi se réveille. Je l'imagine au printemps à l'aube ou en soirée plutôt. Un lieu doux au printemps. Sa force doit plutôt se dégager en soirée. L'eau y est-elle potable ? Je ne me hasarderai pas, est-ce une source, sont-ce des sources qui alimentent les lavoirs ? Toutes les sources sont-elles potables ? L'église de Geay était fermée. Geay est un village à côté de Crazannes, connu ici pour ses carrières de pierres.
J'aimerais bien avoir une maison dans l'un des villages d'ici, un village avec un marchand de journaux. Une maison avec une cheminée. Et un cache devant quand je ne m'en servirai pas. Comme ici quoi !

Je n'y arrive pas
Maman énumère ce que papa lui a demandé depuis hier soir, verre d'eau, serviettes propres, deux fois aux toilettes, galette hier soir, jus d'orange ce matin, café ensuite mais rien ne rentre, le corps ne laisse plus rien rentrer, pas faim, pas envie, envie de rien juste dormir, pas de partir mais envie de rien, de dormir, une fatigue irrésistible alors que les autres envies s'en sont allées. Devant tout ce que maman a sorti, alors qu'elle l'encourage à prendre quelque chose, papa s'excuse "ne me bouscule pas, je n'y arrive pas".

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Published by lanuitparle - dans mon père
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