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blog de lanuitparle

Un truc où j'écris

 

vous êtes ... à avoir visité

3 janvier 2007 3 03 /01 /janvier /2007 12:13

3 janvier
Hiver 3
Mon père hier à l'hôpital de Saintes, j'ai repris le travail hier matin, j'ai eu besoin de quitter Pont l'Abbé plus tôt, rentrer chez moi, vite chez moi, pour sortir de l'espace de la maladie. Un environnement maladie qui rend tout malade. Le trajet en voiture ne m'apaise pas de suite, j'appelle Sophie depuis la voiture, cet appel me permet de passer et de penser à autre chose, et elle qui me propose de passer les voir et que j'appellerai quelques heures plus tard pour repousser le rendez vous Ciné que l'on s'était donné.
Je suis hier soir à l'hôpital, Bouzid a tenu à m'y conduire. Il est venu me chercher au travail, ne voulait pas que l'on prenne la voiture. Lorsque j'arrive dans cet hôpital vétuste, papa a été installé dans une chambre de 3, deux autres hommes discrets, c'est l'heure du repas. Papa tient une fourchette dans la main, les pics vers le plafond, vides, comment ont-ils pu le laisser seul, lui qui n'a pas la force de manger, je suis en colère, je contiens cette colère pour lui sourire, prendre de suite une voix enjouée, c'est ce qu'expliquait le ventriloque que j'entendais dans une émission consacrée à la voix, capable de faire immédiatement le choix de la bonne voix, j'ai ma bonne voix, "bonjour papa, je vais t'aider, tu veux que je t'aide ?"
Oui bien sûr me dis-je. Lui acquiesce d'un mouvement de tête.
Comme on se retrousse les manches. Allez hop, au boulot. Tiens donne papa, je suis toujours dans la colère, je finis d'aider papa et je vais dans le local des infirmières demander des explications, exiger une autre prise en charge, une autre aide. Mon père a besoin d'aide, pas qu'on lui signifie devant une assiette de purée inaccessible son incapacité à se débrouiller seul pour quoi que ce soit.
C'est d'abord lui qui m'adoucit. C'est bon dit-il de sa faible voix, je suis content de manger, il répète que c'est bon. Le dira trois ou quatre fois dans l'heure que je passerai avec lui. Jamais il n'a parlé d'un tel plaisir à la maison, il est à l'hôpital depuis le matin, maman est déchirée par cette décision qu'elle a prise et que j'encourageais à prendre. Nous échangeons plusieurs phrases. Ca non plus, pas fait depuis plusieurs semaines. Comme un retour de la vie, de sève dans ce petit corps décharné.
Ma colère fond, papa va mieux que ce que j'ai vu ces dernières semaines, l'hôpital lui convient mieux, j'en suis convaincu. Ne pas chercher à l'en sortir de suite. Maman et Béatrice peuvent en profiter pour dormir un peu à la maison. J'appelle l'infirmière quand papa me demande de l'accompagner aux toilettes, je l'appelle à cause de la perf, et de l'état de faiblesse que je lui suppose.
Et puis parce que je n'y arrive plus. Je n'arrive plus papa à t'aider.
Une jeune femme un peu ronde, d'une trentaine d'années arrive de suite alors qu'elle dînait, dit que ce n'est pas grave, Bouzid vient de l'interrompre. Elle est là rassurante, sachant s'y prendre, demandant à papa des choses que je n'aurais pas osées. Papa chemine, elle le soutient, traîne les pieds, appuyé à la perche de la perf. Se débrouille très bien, est assis sur les toilettes. Faible ! Une posture qu'on lui connaît bien. Les coudes en appui sur les genoux, juste en équilibre, ne pas tomber, assez stable dans cette position si proche de la rupture. Frêle corps en équilibre. Ces moments lui conviennent bien, sont des moments de repos, il n'a pas peur de faire sur lui, les toilettes sont un espace sécurisant, je l'entrevois dans un entrebâillement. L'infirmière reviendra dans quelques minutes. Ma colère a disparu, la manière qu'à le personnel soignant d'habiter ce lieu est rassurante, j'en oublie la vétusté.
L'infirmière revient quelques minutes plus tard, mon père est entre de bonnes mains. A mangé 5 cuillérées en tout, 3 de purée, 2 de compote. Je reste une heure, papa est épuisé par cet effort. Bonne nuit papa. Merci Bouzid.

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Published by lanuitparle - dans mon père
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