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blog de lanuitparle

Un truc où j'écris

 

vous êtes ... à avoir visité

20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 14:02

C’est en mars 1991, à la fac de lettres de Nancy II, un après-midi, plutôt vers le soir. 18 heures. J’arrive devant le bureau de M. Borelli, c’est le président de la fac de lettres, c’est aussi lui mon maître de recherche, je suis en maîtrise de lettres modernes et travaille sur Hervé Guibert, un truc qui s’appelle genre « des mots aux maux dans l’œuvre d’Hervé Guibert ». J’y suis en particulier la façon dont le sida est entré dans ses textes bien avant A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie. Cette recherche me passionne, je travaille et j’échange beaucoup avec Béatrice et Françoise Labridy que j’avais comme prof également, mais dans une autre fac, en STAPS.

Devant le bureau, il y a un banc, c’est là que Borelli vient nous chercher lorsque c’est notre tour. Comme chez le médecin, sauf que là on sait après qui l’on est, grâce à ce banc. Il est contre le mur à la droite de la porte du bureau et le prochain à passer glisse au bout du banc. Je m’assieds, reprends mes notes pour préparer l’entretien. C’est elle qui engage la conversation, nous parlons littérature, elle travaille sur un poète que je ne connais pas, appartenant à un mouvement littéraire inconnu lui aussi, et pourtant le poète est français. La femme est triste, pas une ébauche de sourire, pas un moment de paix, elle est à l'intérieur, ne me regarde pas. On parle doucement comme dans une église, sauf que c’est plus triste. C'est sombre en plus. 

Elle me dit n’avoir pas grand-chose à montrer à M. Borelli, que c’est une reprise de contact, elle a été absente plusieurs mois. Elle a un accent d’Amérique du Sud, Chili Peut-être. Pas sûr, bien qu’elle me l’ait dit. Je reprends, « vous êtes rentrée au Chili ? ».

Oui, j’ai perdu mon père, je suis rentrée pour l’enterrer.

Je pense à tout ce que cela représente, à la difficulté d’accompagner son père mourant depuis la France, à l’impossibilité de travailler sa thèse, elle était en thèse. Aux choses que l’on a devant soi lorsque l’on a perdu son père.

Je regarde le sol, parce que tout s’est teinté de tristesse. Je suis avec elle au Chili.

Ça dure longtemps ce silence, 10 minutes peut-être. La porte s’ouvre, elle se lève, Borelli lui tend la main, elle me regarde, dit : « mon enfant aussi, je l’ai perdu ».

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Published by lanuitparle - dans rencontres
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commentaires

Hécate 22/01/2010 14:23


Je viens de vous lire. Il se trouve que j'ai écrit sur "La mort propagande " de Guibert. Si vous avez envie d'y jeter un regard,il est sur mon blog .
Cordialement .H.