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blog de lanuitparle

Un truc où j'écris

 

vous êtes ... à avoir visité

4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 19:29

pour poursuivre la réflexion sur la dignité, voici une autre proposition de contes. J'aimerais bien votre avis. Est ce qu'il fonctionne ? Qu'est ce qu'il faut y changer. Le conte Comment la dignité a à voir avec un homme tombé sur la tête fera bien l'objet d'un film réalisé par les enfants (les plans séquences ont été rédigés). Place au tournage. Et sera traduit en darija (arabe vernaculaire parlé au Maroc). Reste plus qu'à trouver un illustrateur.

 

Avant la loi, chaque homme avait usage de faire ce qu’il voulait quand il était chez lui à condition qu’il reste poli et que ça ne fasse pas de bruit. Et c’était heureux ! De quoi se mêlait-on autrement ? Et chacun s’en satisfaisait.

 

Et chacun de faire ce qu’il voulait, avec sa femme, ses enfants, sa bonne et son chien. Surtout avec la bonne. Cela dura longtemps et c’était bien. Tout le monde était heureux sauf les femmes, les enfants, les chiens et les bonnes. Surtout les bonnes. Mais chacun oui, était heureux. Le roi était content.

 

On profita tellement bien de ce droit qu’il arrivât un jour que cela gênât certains. Certains allèrent voir le roi. « On fait trop de bruits chez chacun et en particulier à côté de chez moi, lui dirent-ils. Surtout les bonnes. » 

 

Le roi hésita longtemps. Quelle loi pourrait bien faire taire les unes et les autres ? Surtout les unes. Il réunit ses conseillers.

- On ne peut pas au nom de la liberté individuelle interdire aux bonnes de crier, ni de pleurer dirent les conseillers.

- C’est vrai dit le roi. Le roi était très attaché aux libertés individuelles et à la liberté d’expression. Lui-même était une liberté individuelle.

 

Alors, on fit voter la première loi. Cette loi disait : « Chaque homme a le droit de faire ce qu’il veut chez lui à la condition que cela ne gêne pas les voisins. On en voulut beaucoup aux bonnes. » On fut obligé de mieux fermer sa porte.

 

Cette période dura longtemps et c’était bien. Tout le monde était heureux. Sauf les femmes, les enfants et les chiens. Le bruit des bonnes s’étouffait contre les murs, on en déduisit qu’elles aussi étaient heureuses. 

 

Tout eût été parfait si l’on n’avait pas été confronté à une autre nuisance. Certains allèrent voir le roi. Les bonnes de chacun et en particulier, celles de mes voisins, osent sortir le visage tuméfié lui dirent-ils. Et ce n’est pas sans gêner l’ordre public.

Le roi hésita longtemps. Il était très attaché à l’ordre public, lui-même représentait l’ordre.

Quelle loi pourrait bien cacher ces blessures de femmes ? Il réunit ses conseillers.

- On ne peut pas troubler l’ordre public impunément, dirent les conseillers.

- C’est vrai dit le roi.

 

Alors on fit voter la seconde loi. Cette loi disait : « Chaque bonne ne peut sortir de chez son maître avec le visage tuméfié qu’à la condition de se cacher. » Et c’était heureux.

Et chacune prit l’habitude de se cacher. Se taire et se cacher, chacun s’en satisfit. Sauf les bonnes.

Chacun s’en satisfit jusqu’au jour où la fille du roi alla voir son père.

 

L’enfant : « Père, pourquoi les bonnes se taisent-elles toujours ? » 

Son père lui expliqua les plaintes, les conseillers, la loi.

L’enfant : Tes conseillers sont-ils tous des hommes ?

Le père : Oui

« Ah » dit l’enfant. 

Les deux se turent et ça dura.

 

Puis l’enfant rompit le silence : « Père, pourquoi les bonnes sortent-elles toujours voilées ? »

Son père lui expliqua les plaintes, les conseillers, la loi.

Et les uns et les autres sont-ils plus heureux ainsi ? demanda l’enfant.

Oui dit le roi, je n’entends plus les plaintes.

Ah ! dit l’enfant.

Les deux se turent et ça dura.

 

C’est l’enfant qui rompit le silence encore. Te souviens-tu de cette femme sourde et muette, si douce pourtant, qui t’avait proposé d’être ma nourrice ?

Tes conseillers ne t’avaient-ils pas invité à la recruter ? 

Qu’avais tu dit alors ?

Le roi se souvenait. Je ne pouvais la prendre à ton service dit-il parce qu’elle n’aurait pu entendre tes plaintes, ta faim, ta soif et y répondre.

Aurais-je eu moins faim si elle ne m’avait pas entendu ?

Le roi se tut, il comprenait.

 

L’enfant encore : Te souviens-tu de cet homme aveugle à qui tu avais accordé l’hospitalité pour quelques jours. Tes conseillers n’avaient-ils pas proposé qu’on l’hébergeât dans une étable parce qu’il ne pouvait voir l’état décrépi des murs ? Qu’avais tu dit alors ?

J’avais répondu que le respect était un droit inaliénable et qu’on ne pouvait en priver quiconque sous prétexte qu’il ne sut en user. Et qu’avais tu fait alors ?

Le roi se tut. Sa fille lui parlait des bonnes et il le savait.

 

Resté seul, le roi réfléchit longtemps, refusa tout conseil. Quelque chose se formait en lui, quelque chose qui avait à voir avec la justice du monde, avec la rotondité de la terre, avec la cupidité des hommes et la beauté des femmes, quelque chose qui ferait fi des usages sociaux.  

 

Il rencontra des hommes et des femmes, pas seulement les conseillers dont c’était le métier.  

 

Alors il fit voter une troisième loi qui remplaça les autres. Cette loi disait : « Toutes les femmes et les hommes sont égaux en droit et aucun ne peut exercer sur l’autre une action qu’il jugerait indigne pour lui-même».

 

Et c’était heureux. On rouvrit les portes, se montra à nouveau. Conseiller ne fut plus un métier. Et le soleil recommença à briller pour tous et non seulement pour chacun. 

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Published by lanuitparle - dans contes
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