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blog de lanuitparle

Un truc où j'écris

 

vous êtes ... à avoir visité

1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 13:50

C'est le nom des habitants. Moi ça me fait penser aux jeux d'Intervilles et à Guy Lux. (me demande si Guy Lux, c'était son vrai nom. Quelle drôle d'idée que de faire son nom avec un nom latin. Pardon de m'égarer mais faut que j'en finisse avec Guy Lux, c'est le propre de Guy Lux, dès qu'on y pense, on ne peut pas s'arrêter. Vade retro Guy que je raconte Auroville.)

Un accueil est proposé chaque semaine aux visiteurs par des aurovilliens francophones et c'est le mardi et ça tombe bien parce qu'on est mardi. Et que la mardi, c'est le jour du poisson. Non pardon, là je m'égare. Plus de 30% des aurovilliens sont français. Sans doute la raison de l'accueil.

Un signe donc que ce mardi. L'occasion de nous renseigner et de les voir en vrai, peut-être même de les toucher, je n'ai pas envie de rester, me demande ce qu'on fait là, encore là. 
 
On y est, il est 18 heures. Nous, les français venus rien que pour ça, on y est. Le rendez-vous a lieu à la terrasse de la cuisine solaire. Je ne vois ni cuisine, ni panneaux solaires. Ca ressemble plutôt à une café avec un réfectoire en dessous. La terrasse est bien agréable, des groupes se marrent à côté de nous, un couple d'amoureux se bécote discrètement. Une femme médite à l'écart mais là encore le lieu s'y prête. C'est comme ailleurs quoi, puisqu'Auroville est construite dans une jungle douce. C'est dans cette jungle que j'ai vu mon premier banian.

Voici le résumé de l'entretien. Les types arrivent du ciel dans une soucoupe volante, un peu comme dans la soupe aux choux. Les hommes ont des barbes, enfin l'homme a une barbe, vu qu'il n'y en a qu'un. Et les femmes ressemblent à des terriennes. Ils parlent la même langue que nous, s'habillent pareil, portent des sandales et n'ont pas du tout l'air évaporé. Déception. Moi qui m'attendais à entendre un langage éclairé, plein de gourouïsme, c'est raté. Aucune injonction, ni invitation, aucun propos teinté de séduction non plus, genre "c'est mieux chez nous". Je comprends que je ne suis pas au zoo, et me sens un peu morveux de l'avoir un peu cru.

On explique pourquoi on est là et l'impression que l'on a eue à la première visite d'un Auroville qui se laisse désirer, dont il est difficile de voir la cohérence. Les seules visites possibles sont celles du Matrimandir, après plusieurs jours d'attente, et les boutiques du Tourist Center. Rien que le nom donne envie de fuir. Pour en savoir plus, il faut se laisser perdre dans les villages tamouls. Les 4 personnes présentes justifient qu'il leur est difficile de répondre à toutes les sollicitations des touristes et qu'il leur est nécessaire de se protéger, que c'est déjà bien beau qu'elles soient là. Et c'est vrai alors on écoute. 

Le débat est posé, aucune question évincée. 

Certains d'entre eux sont là depuis plus de 20 ans. Oui, chacun travaille pour la communauté, plutôt le matin, en échange de son hébergement, de sa nourriture et d'un modeste salaire (mais trop modeste pour voyager par exemple). Les après-midis sont plutôt consacrées aux actions bénévoles (coups de main dans les écoles) ou aux activités spirituelles telles que la méditation. A nouveau, aucune injonction collective. C'est rassurant.
Comme si le lieu faisait prévaloir le sentiment collectif sur les velléités d'enrichissement personnel. Je pense immédiatement à ce politologue de Montpellier qui nous disait que tous les hommes étaient mûs par trois projets ; l'accession au pouvoir, sa conservation et son extension.
Ananda explique qu'ici les hommes sont plutôt au clair avec cette question. Mais qu'il n'érige pas Auroville en modèle universel. "Mais que pouvons-nous faire d'autres pour continuer de vivre sur cette planète dit-il quand même ? Est ce que l'on n'a pas à faire attention à notre empreinte écologique, à contribuer à l'éveil des consciences en dehors de toute religion, en prenant soin de chacun autant que faire se peut et en contribuant, même modestement à l'amélioration des conditions de vie des plus démunis." 

Le propos est séduisant et ce que nous avons vu dans les 2 écoles visitées l'illustre de façon cohérence. Des écoles pensées à la Summerhill (Neill) ou le bilinguisme tamoul-anglais est mis en place dès les premières années, où les après-midi sont réservées aux activités d'éveil et où l'adulte a sa place bénévolement à côté de l'enfant pour s'inscrire dans le projet de l'école. Je parle de l'adulte qui vient donner de son temps et non de l'enseignant. On y a croisé une photographe new yorkaise qui pleurait de laisser les enfants après avoir passé 2 mois à la mise en place d'un projet d'arts plastiques. Autre image qui me reste, cette maîtresse qui corrigeait les cahiers à l'ombre d'un grand arbre.  

Comment se prennent les décisions ? La question m'intéresse d'autant plus que la commune de Bègles (à côté de Bordeaux) où je travaille a ouvert un centre social et culturel participatif où un conseil d'usagers fait office de conseil de maison et décide des projets à mettre en place.
 
Ici, c'est une assemblée qui veille à cela, une assemblée générale à laquelle peuvent participer tous les aurovilliens, donc ça met des heures, des jours parfois. Parce que toutes les décisions sont prises à l'unanimité et ce temps est nécessaire poursuit Ananda à l'adhésion de chacun. Ces temps d'échanges sont aussi des temps de construction de la bonne décision. C'est lui qui parle. Ainsi, la décision est collective même si elle prend plus longtemps qu'ailleurs. On comprend que parler cisèle, amène à une décision plus pertinente. Même si parfois, on arrive à un résultat assez éloigné de celui escompté dès le départ par celui qui proposait. Le groupe plus pertinent que l'individu. J'avais vu cela au centre social.    
 
Oui, il  y a bien de l'argent qui circule à Auroville pour s'acheter les vêtements par exemple et "parce que tous n'ont pas les mêmes besoins". Ainsi, on est dans une communauté et non dans un collectivisme. Et cela aussi, ça rassure. Il ne semble pas y avoir de moyenage (qui ferait moyenne) qui frustrerait les uns et satisferait les autres. Ananda explique que certains aurovilliens ont des entreprises, que ces entreprises emploient en priorité les tamouls, et que la communauté ne peut avoir de visibilité sur le salaire de chacun. 

On parle d'écologie et de développement durable mais le terme vient de nous. Ananda explique combien il est important pour la communauté de respecter l'environnement dans lequel elle vit et de contribuer au développement des villages tamouls environnants. Tout y est biologique et la production et la commercialisation ne sont pas l'occasion pour quelques uns de s'enrichir mais de faire vivre le plus grand nombre.

Travail et spiritualité semblent être deux notions fortes. D'autant plus que la spiritualité n'est jamais nommée par les personnes présentes. Une femme, arrivée depuis 1 an, explique qu'elle a fait le choix de vivre ici pour être en cohérence avec ses valeurs et ses aspirations. Elle raconte qu'elle est bien là.

Drôle de sentiment que nous laisse ce lieu que nous quittons pour la seconde fois juste avant la nuit. Et combien est difficile le fait d'en dire quelque chose tant chaque chose et son contraire pourraient s'y appliquer. Bien sûr, on a eu à faire là à une narration, une belle narration, une herméneutique. Ces habitants pouvaient-ils nous dire autre chose que ça marche ? Non bien sûr.
Bref, on rentre, la femme d'Ananda, préconise en japonais la prudence sur la route du retour. On reprend le scooter, serpente dans la forêt, retrouve la route qui longe la golfe du bengale. 

Pas sûrs qu'on en ait fini avec  Auroville.  
  
 

  

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Published by lanuitparle - dans l'Inde
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