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blog de lanuitparle

Un truc où j'écris

 

vous êtes ... à avoir visité

1 janvier 2010 5 01 /01 /janvier /2010 13:15

La soupe aux cailloux

19 novembre 2009

 

 

C’était encore le temps où l’on trouvait des loups en Europe, et les loups avaient bien mauvaise réputation jusqu’à ce jour. Ce jour où l’on frappa à la porte de la poule.

La poule vivait à l’orée d’une forêt, les forêts à cette époque n’étaient pas de lieux de promenade, on les disait hostiles, on aurait pu les dire terrifiantes.

Y vivaient des bêtes féroces et des brigands, et même, et c’est ce qui était le plus terrifiant des animaux imaginaires que personne ne vit jamais.  

On se barricadait le soir, avant la tombée de la nuit et l’on ouvrait au matin bien après que le jour se fut levé, les journées étaient très courtes en hiver.

C’était un soir d’hiver, l’on frappa donc. La nuit et la peur faisaient résonner d’un son lugubre le heurtoir de la porte. La porte était épaisse et l’on devait être bien fort pour la faire sonner autant.

L’on se voudrait prudent et l’on s‘expose.

 

Les présentations furent inutiles, le loup se ressemblait, il avait, on s’en doute des grandes oreilles, une longue queue, son pelage était d’ébène et surtout. Surtout, le loup avait une grande gueule. Plus grande que sa tête lorsqu’il l’ouvrait et pleine de dents, une, deux, trois, quatre, on les comptait par dix, par cent peut-être, le loup, avait mille dents.

Le loup : j’ai faim dit-il, il ne forçait pas sa voix que sa voix était forte, j’ai faim et soif.

 

On s’en doutait pensa la poule, le petit poulailler s’était empli de sa présence. Ça sentait le loup !

 

La poule : j’ai bien un fond de soupe lui dit-elle.

Le loup : non dit le loup, j’ai très faim.

 

Le loup avait faim, les loups mangent les poules, la poule était dodue mais sans défense, le pire était à craindre.

Mais pas immédiatement, c’est ce qu’apprit la poule lorsque le loup s’installa à sa table et se mit à éplucher les premiers légumes qu’elle lui avait tendus. Il avait eu soin de mettre de l’eau à chauffer dans la grande marmite en fonte, la plus grande qui soit avait-il exigé, que l’on puisse y mettre beaucoup.

Ce loup faisait peur et c’est pas rigolo d’avoir peur, surtout quand personne ne vient dire que « c’est pour de la fausse ».

Il éplucha les pommes de terre et demanda des oignons.

Je n’en ai point dit la poule mais peut-être mon voisin, l’agneau pourrait-il….

Le loup n’entendit pas la fin de la phrase, la poule était partie chercher les oignons.

 

Elle revint avec les oignons, cela calmera le loup dit-elle. Mieux encore, c’est l’agneau qui portait les oignons. Assieds-toi là dit le loup à l’une. Et toi là, à l’autre. Le loup épluchait, les autres tremblaient et ne mouchetaient. On se taisait.

Il manque encore une chose dit le loup en se pourléchant les babines, il manque, euhh ….. Le euhh prenait ses aises, s’étirait comme une pâte à modeler mais l’on ne voulait pas qu’il finisse. Euhh…

 

-         Du sel s’empressa de dire l’un,

-         Non ! dit le loup.

-          Du poivre, jeta l’autre, comme si l’on eut pu jeter en pâture des mots à un loup affamé.

-          Non dit le loup, il me manque quelque chose de plus consistant, quelque chose qui croque sous la dent, et fond sous la langue. Son regard était déterminé, l’eau de la marmite bouillait, et la dernière heure de l’un avait sonné.

Le loup prit son grand couteau, l’aiguisa et dit je suis prêt de sa voix de baryton.

-         C’est parfois bien dur à couper reprit-il mais il m’en faut. Il me manque des carottes.

-          Des carottes ? mais bien sûr firent la poule et l’agneau. Mais, j’ai plein d’amis qui ont des carottes. Allons voir le lapin ; mais le loup ne l’entendit pas, les deux frappaient déjà à la porte du lapin. Ils insistèrent tant que le lapin se laissa convaincre et finit par s’asseoir en rang d’oignons sur le banc de la cuisine.

-          Assieds-toi là avait dit le loup à l’une. Et toi là, et toi là.

Le loup épluchait, les autres tremblaient et ne mouchetaient. On se taisait.

Ainsi, on était à trois et à trois, on risquait moins. Chacun pensait aussi qu’être quatre et cinq et six en rangs d’oignons serait mieux encore.

 

Personne ne se consulta mais tous pensèrent à la chèvre, et à l’oie et à d’autres encore.

C’est la poule qui se risqua la première.

Il manque dit-elle du chou que l’on trouvera chez la chèvre, du safran aussi. J’en ai vu chez l’oie. Et chacun d’énumérer ce qu’il manquait et chez qui le trouver. Ils furent 8 attablés bientôt. La poule, l’agneau, le lapin, la chèvre, l’oie, le cochon, la perdrix et même un scarabée qui se demandait bien ce qu’il fichait là mais que l’on avait vu rouler un gros grain de sel, un jour. Un jour d’il y a bien longtemps pourtant.

 Le loup avait cessé d’éplucher, les autres tremblaient plus encore et aucun bien sûr ne mouchetait.

Enfin dit le loup, plus qu’une chose et je passerai à table, on moucheta moins encore, on se faisait petit, la poule était grosse comme le scarabée, la chèvre comme la poule, le cochon comme l’agneau, le scarabée comme lui-même à se demander ce qu’il pouvait bien ficher là. Chacun avait perdu une taille.

 

Le loup prit son grand couteau, l’aiguisa et dit je suis prêt de sa voix de baryton. Le bouquet final maintenant. Il scruta chacun, chacun baissa les yeux.

Sauf un.

J’ai trouvé finit par dire le loup. J’ai trouvé. Il s’approcha du bout de la table là où était assis la poule, l’agneau et le scarabée. Leva son grand couteau, pour le planter d’un coup sec.

Dans le petit grain de sel. Le grain rejoignit les oignons, les carottes, le chou et le safran.

Les assiettes furent sortis, et les verres et les couverts, et le vin.

 

Et le loup put enfin satisfaire son terrible appétit.

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Published by lanuitparle - dans contes
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