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blog de lanuitparle

Un truc où j'écris

 

vous êtes ... à avoir visité

15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 15:47

 Il était une fois il y a de cela bien longtemps, au mois de janvier, en plein  hiver donc, une jeune femme. Elle a de longs cheveux bruns, la peau blanche, elle est éreintée. Un très long périple a fini par très user ses vêtements, ils sont en lambeaux, comme ses chaussures,  lorsqu’elle frappe à la porte du château. Elle a traversé les 5 mers du globe, franchi 4 montagnes, parcouru 3 déserts, épuisé 10 chevaux, pour être au rendez-vous. Il est tard mais elle est au rendez-vous. Elle n’a pas pu attendre le jour pour se présenter. Elle sait que ce n’est pas raisonnable mais elle a parcouru tous ces miles pour vivre ce moment-là.

 

C’est un château comme on les construisait au Moyen-âge, fort et massif. Impénétrable. Il est minuit et la lune projette l’ombre du château dans les douves. Les douves, ce sont ces canaux qui entourent les châteaux et servent à les protéger. L’ombre est inquiétante. La jeune femme, elle, est plutôt soulagée.

 

Elle frappe à la lourde porte. On ne l’entend pas. A cause de l’heure, de la tempête ou parce qu’on a frappé trop légèrement. Vivent dans ce château un roi, une reine et le prince, leur fils. Depuis 2 ans, les habitants des lieux vivent un drame. On ne trouve pas de femme assez délicate pour le prince. On a parcouru l’ensemble du royaume, placardé des avis dans tous les villages.

On cherche à marier le prince pour assurer une descendance à la famille royale était-il écrit. La future princesse devra être très très délicate. Rien d’autre sur l’affiche. Ces deux phrases. 

Plusieurs dizaines de femmes se sont présentées aux portes du palais, parfois même des princesses venues de pays lointains, certaines même à dos de chameau. Seules les plus jolies étaient admises à y entrer, les autres étaient chassées sans aucun ménagement. « Pas assez délicate » s’étaient-elles entendu dire.

 

Les plus jolies avaient rencontré la reine. Mais seulement trois d’entre elles avaient eu le privilège de passer une nuit au château, dans la chambre au petit pois. Les 3 au matin avaient été chassées à leur tour. Et pourtant, aucune d’entre elles ne s’était plainte d’avoir mal dormi. Bien au contraire, la literie était excellente et c’est au moment-même où elles félicitaient la reine pour la qualité de son accueil qu’elles avaient vu son visage se transformer, se couvrant d’un voile de tristesse. La reine les avait alors priées de quitter les lieux ; On était encore le matin. Aucune n’avait vu le prince. Aucune ne sut pourquoi.

Quelle reine mal élevée ! avaient-elles pensé l’une après l’autre.

  

Trouvera-t-on jamais personne assez délicate pour épouser mon fils, se lamentait-elle dans son lit, cette fameuse nuit tempête, lorsqu’elle entendit frapper à la porte. Ce ne peut être le vent cette fois-ci, le coup est trop précis, on a frappé trois fois.

C’est elle qui ouvre la fenêtre.

 

Elle voit une forme humaine, assez menue devant l’entrée du château. C’est une jeune femme. Elle est bien loin de s’imaginer que la vie du château se trouvera transformée par cette venue. Elle en aurait sauté de joie. Mais c’est sur un ton suspicieux qu’elle s’enquiert :

-         Qui va là, à une heure si tardive ?

 

 

La jeune femme explique son périple, affirme qu’elle est la princesse qu’ils attendent depuis 2 ans. Une princesse vêtue de haillons, s’interroge la reine ?

Elle va pour fermer la fenêtre sans autre ménagement lorsqu’elle entend la même voix, mais plus fort maintenant, supplier.

 

- Ma reine, ayez au moins la bonté de m’offrir le gîte pour la nuit.

La reine a bon cœur, accepte, commande aux gardes de faire entrer la femme et aux serviteurs de lui donner des vêtements secs, de la sustenter et de l’installer dans la chambre au petit pois.

 

Chacun fait ce qu’on lui a demandé. Puis se recouche, la tempête s’est calmée et l’on n’a pas de mal à se replonger dans les bons lits douillets puis dans le sommeil. 

 

La princesse épuisée elle aussi, s’endort bien vite.

Bien vite mais pas pour longtemps. Parce qu’au bout d’une heure, elle est debout au milieu d’un couloir sombre, à frapper à la première porte. C’est la chambre du prince, il ouvre.

-         Elle le salue bien sûr mais ne s’attarde pas. - Je ne peux dormir dit-elle, on m’a installé dans la chambre au petit pois et des petits cailloux glissés dans mon lit me font mal, là. Elle montre son côté. Le prince n’y comprend goutte. Il remarque juste la beauté de la jeune femme. Des cailloux dans un lit ? se demande-t-il. Peut-être votre matelas est-il un peu ferme ? Il appelle un serviteur et fait ajouter un autre matelas sur celui de la jeune femme, ferme sa porte et se rendort. 

 

-         1 heure plus tard, elle est là encore, au même endroit, dans le couloir et devant la porte. C’est une pierre maintenant qui me gêne, affirme-t-elle après s’être excusée de déranger encore. Une pierre qui empêche mon sommeil. Et me fait mal là. Elle montre l’autre côté. Une pierre dans un lit ? s’interrogea le prince. Il remarque la finesse de ses traits. Une pierre dans un lit ? se demande-t-il. Peut-être votre 2ème matelas est-il un peu ferme ? Il appelle un serviteur et fait ajouter un autre matelas sur celui de la jeune femme. On en est à 3 maintenant. Et chacun a regagné sa chambre, le prince, la jeune femme et le serviteur, les autres dorment. La princesse a eu un peu de mal à remonter dans son lit. 

 

-         1 heure plus tard, elle est là encore, expliquant de son air ingénu qu’un rocher maintenant l’empêche de dormir. Et lui fait mal là. Le prince ne peut que la croire, elle est marquée d’un bleu en effet. Et surtout, elle est si jolie. Il lui fait mettre un autre matelas, on en est à quatre maintenant. Et ce n’est pas fini. Elle se lève encore, et encore, alors on empile les matelas encore et encore. On arrête à 10 faute de matelas. La jeune femme ne dort pas. 

 

La reine trouve la jeune femme et le prince exténués à la table du petit déjeuner. Aucun des deux n’a eu envie de parler. Se tournant vers la jeune femme, elle s’enquiert : « Avez-vous bien dormi mademoiselle ? »

 

La jeune femme tente de répondre. Elle bafouille que oui bien sûr, elle a bien dormi. Et qu’elle a juste été un peu gênée par un caillou, puis une pierre. Et enfin un rocher. Le prince complète le récit, et dans une série de bâillements évoque les 10 matelas qui n’ont pas suffi. Le serviteur lui, n’a pas réussi à se lever.

 

Devant ces mines déconfites, la reine explose de rire, un rire déterminé comme le son d’une flute enchantée de Mozart. Elle a compris. Un rire qui rassure, qui dit « enfin, on y est, on a trouvé », un rire qui emporte avec lui toutes les journées de recherche et de doute de ces deux dernières années. Elle prend la jeune femme par la main et l’emmène dans la chambre au petit pois.

-         Regarde dit-elle ce qui te gênait. Alors, elle glisse sa main sous le matelas, et en retire un petit pois, un petit pois de rien du tout qu’elle exhibe fièrement. Et elle explique qu’aucune prétendante ayant dormi dans ce lit n’a été gênée par la présence de ce petit pois qu’elle a glissé là. Parce qu’aucune d’entre elles n’était assez délicate.

 

Elle dit encore qu’elle avait promis son fils à celle qui découvrirait le petit pois et que ce qu’on vient de lui montrer là est mieux encore.

 

Le prince regarde la jeune femme.

La jeune femme aussi regarde le prince,

le prince la regarde encore, elle aussi encore, ses traits se sont adoucis malgré l’absence de sommeil.

Plus il la regarde, plus il la trouve jolie.

Il la regarde maintenant comme s’il n’avait jamais rien vu d’aussi joli.

Elle, elle rougit. 

 

Personne ne peut troubler cet échange de regards pendant de longues minutes comme si l’on se rassasiait de quelque chose dont on a toujours manqué. Le prince et la jeune femme tombent amoureux sur le champ, comme on tombe dans une piscine. Aussi subitement. Plouf, on est amoureux.

 

Et depuis ce jour, on vit heureux dans ce château. Et au mois de janvier, chaque année, on y organise une immense fête, la plus grande fête qui soit pour un si petit légume. Une fête où l’on danse et rit et mange. Cette fête, c’est la fête au petit pois.      

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Published by lanuitparle - dans contes
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