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blog de lanuitparle

Un truc où j'écris

 

vous êtes ... à avoir visité

2 janvier 2011 7 02 /01 /janvier /2011 13:15

Madame la Présidente,

 

Je vous présente mes meilleurs voeux et vous donne par la même des nouvelles d'en bas. Loin de moi tout sarcasme. Ni lyrisme. Je chercherai à être au plus près de ce que je vois.

 

Bonne année, Madame la Présidente.

 

Les situations sociales rencontrées dans mon travail me permettent de vous parler des pauvres sans vous parler de moi. Je dirige un centre social et culturel à proximité d'une grande ville de province. C'est un équipement soutenu par la ville, la CAF et le conseil général dont la vocation est de réduire les inégalités sociales en favorisant la socialisation, l'accès pour tous aux vacances, à la culture, à l'emploi, aux droits, dont celui de l'éducation.

J'aurais dû commencer par l'emploi et la culture tant nos efforts se mobilisent sur ces deux secteurs.

 

Notre travail n'a de sens que s'il cherche à accueillir chacun avec le même respect et à lui offrir les mêmes droits, telle que la santé ou l'éducation. Quel plaisir que d'y voir arriver une nouvelle personne ! Cela signifie pour nous d'abord et pour elle après quelques mois, qu'elle vient de faire un pas vers la socialisation.

 

Nous y produisons bien un effort de discrimination positive qui n'installe pas la personne pauvre dans une dépendance mais la rapproche de possibilités auxquelles elle ne s'autorisait plus ou ne s'était jamais autorisé à prétendre.

 

Qu'est ce qu'il m'est difficile de parler de pauvreté sans hurler ma colère !

 

Le pire, Madame la Présidente, c'est lorsque la personne pauvre a compris qu'elle n'accédera jamais à une satisfaction minimale de ses besoins primaires sans recourir soit à une pratique illégale, soit à l'assistance publique. Le pire, c'est de penser que sa propre situation ainsi que celle de ses propres enfants ne pourront évoluer sans une intervention extérieure. Et de croire que ce droit n'est pas offert à chacun. Quelle curiosité que la situation économique de chacun le détermine définitivement socialement et aille toucher au plus profond de lui-même à la fois à sa capacité d'aimer et à celle de s'indigner.  

 

On n'offre pas de prestations sociales dans mon centre social et culturel, ni n'y paye tout aux pauvres. On construit des projets impliquant chacun. Nos quelques années d'existence nous permettent de présenter quelques très belles actions de mixités sociales, de partages et de rétablissements même modestes, de justice sociale.

La liste des ces actions devient hautement significative lorqu'on cumule tout ce qui se fait dans les centres sociaux et culturels à l'échelle d'un département ou de la nation bien entendu. 

 

Excusez-moi d'éprouver en ce moment-même de la fierté de participer à cette oeuvre collective d'éducation populaire et de préférer dire que je travaille dans ce milieu plutôt que celui de la finance libérale. J'éprouve à la fois de la fierté et de la peine de savoir que c'est loin d'être suffisant.

 

Ce ne sont pas des intérêts immédiatement individuels que je viens défendre. Mon emploi n'est pas menacé, je suis fonctionnaire et mis à disposition du centre social. Ainsi cette lettre n'a pas non plus pour objet de défendre le statut des fonctionnaires. J'ai d'abord trouvé "normal" que la sécurité de l'emploi offerte par ce statut puisse être remise en cause pour le bien commun. C'était avant les 2 crises, je pense à la grande crise économique bien sûr mais également à la crise politique que nous traversons.

Je parle de crise politique pour désigner l'état de non droits dans lequel la gouvernance de votre mari s'est installée d'abord timidement puis vautrée.

 

Je pense aux condamnations du ministre de l'intérieur, aux "affaires" impliquant l'ancien ministre du budget (puis du travail).

 

J'avais beaucoup aimé, dès l'arrivée de votre mari "aux affaires", l'ouverture du gouvernement à la socité civile, l'arrivée de Luc Ferry ou de Martin Hirsch, celle de Bernard Kouchner aux affaires étrangères. Beaucoup aimé aussi la libération rapide d'Ingrid Bettancourt. Votre mari avait, me semble-t-il, une façon d'agir directe sans démagogie. "On allait voir ce qu'on allait voir". J'avais oublié que la ville de Neuilly avait été condamnée parce qu'elle n'avait pas respecté la loi SRU obligeant les villes à construire des logements sociaux. On allait voir ce qu'on allait voir et j'appréciais la détermination de votre mari à réformer. Je ne savais pas que ces réformes n'avaient pour objet que la réalisation d'économies et la renforcement des richesses d'une minorité héritière.

 

J'ai moins apprécié le Fouquet's, ou la publicité faite autour de vos vacances sur un yacht, moins l'avion présidentiel ou les insultes proférées par votre mari lors d'une visite au salon de l'agriculure.

Cela faisait beaucoup mais plusieurs d'entre ces faits avaient à voir avec la liberté individuelle. Et l'on en touche pas à cela. Je défendais, aussi dans les discussions entre amis, votre droit de faire ce que vous souhaitez de votre argent.

 

Mais le sentiment d'un nécessaire respect de votre liberté a fait place progressivement  à celui que l'on touchait peut-être à des valeurs essentielles de la République et que ces valeurs, inscrites dans la 5ème République, avaient été écrites pour défendre le droit inaliénable de chacun à la Dignité.

 

Ce sentiment, vous le comprenez aisément, me mettait profondément mal à l'aise. Cette façon de gouverner faisait place, ouvertement, au mépris de tout projet égalitaire. Votre époux ne cherchait pas à réparer les fractures sociales mais à se faire plus gros que le boeuf en protégeant ses acquis, en les étendant et en en faisant profiter quelques élites économiques. J'avais le sentiment d'assister à la mise à sac de valeurs essentielles en toute impunité et en toute impudeur, les deux allant de front.

 

Je me suis alors demandé si depuis la disparition de l'ancien régime, un autre Président que votre mari avait osé faire cela. Je me sens touché au plus profond de mon être. Et je sais que c'est l'être des gens que l'on malmène lorsqu'on leur inflige indirectement et directement le traitement que votre mari leur propose. Je n'ai pas de réponse à cette question. Je ne mets pas la démocratie au dessus de tout. La République oui.

 

Mais gouverner relève bien d'un art particulier non ? Je pense souvent que tout vient d'une méprise, celle de croire que la déontologie est une idée et non une conduite pragmatique.

 

 

Je vous souhaite une bonne année Madame la Présidente, que cette année vous apporte beaucoup de joies, beaucoup d'amour, de ces choses que l'on peut encore partager et qui ne coûtent rien, qui ne sont pas l'apanage des riches. Que cette année vous soit douce certes, mais qu'elle apporte un peu de discernement et de conscience collective à ceux que vous aimez. Et le monde tournera un peu plus rond.

 

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Published by lanuitparle - dans économie
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