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blog de lanuitparle

Un truc où j'écris

 

vous êtes ... à avoir visité

14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 09:26

Le lion avait trop faim !

 

Il est parfois bien triste que le plus fort se serve le premier, c’est ce que nous allons voir.

C'est en Afrique. Cette année-là, la savane africaine souffrit de la pire sécheresse qui soit. Le sol brulait les pieds, même ceux des insectes, les oueds étaient à sec, même les plus fournis, les feuilles des arbres tombaient, même celles des arbres persistants.

Que l’on soit homme, animal ou végétal, tout le monde souffre ces années-là. On se terre, on se replie.

La sécheresse durait depuis plusieurs semaines, lorsque les animaux décidèrent de tenir conseil sous l’arbre à palabres. Ce fut à la tombée de la nuit. Les arbres à palabres sont ces lieux où la pensée de chacun, une fois exprimée, fabrique de la sagesse. Les premières minutes passèrent à se plaindre de la chaleur et de la faim et ce fut normal. On avait-là un représentant des animaux de chaque taille.

Une fourmi représentait les « tout-petits »,

une souris les « petits »

un lapin les « petits-moyens »,

un renard les « moyens »     

            et un lion les « gros ».

« Il reste bien quelques réserves de l’été dernier », c’est que dit le vieux sage. « Reste à en organiser le partage ». On débattit longtemps avant de se mettre d’accord.

Fallait-il priver les « tout-petits » de manger ?

On jugea qu’on gagnerait peu à les priver. L’estomac de la fourmi est si petit.

Fallait-il priver les « petits » ?

On jugea que là aussi, on gagnerait peu. L’estomac de la souris est à la mesure de sa taille. 

Les « petits-moyens » alors ?

Là encore, on gagnerait peu.

Personne ne proposa que l’on privât les moyens ni les gros, bien que chacun le pensât. De peur qu’on ne le mangeât. 

 

La nuit était bien avancée, une nuit sans fraicheur, lorsqu’on se mit d’accord.

Chaque jour, la fourmi se nourrira la première, puis la souris, puis le lapin, puis le renard et enfin le lion. Ainsi, chacun prélèvera ce dont il a besoin. Juste ce dont il a besoin et alors on attendra les jours meilleurs. C’était là, la solution la plus juste. Commencer par le lion n‘aurait pas garanti que les plus petits mangeraient.

Et l’on fit, comme on avait dit dès le lendemain, et le lendemain encore. Chacun laissait une écuelle propre, c’est ce que l’on avait décidé, parce qu’un autre mangeait après lui.

Certes, on avait faim mais c’était plaisir que de faire cet effort pour chacun. Et le temps s’écoulait, plus doux, vers des jours meilleurs.    

 

Cela dura quelques semaines, jusqu’au jour où la fourmi se présenta, à son heure, devant l’écuelle, l’écuelle était vide. Puis vint la souris qui fit le même constat, et un peu plus tard le lapin. Vide, pas le moindre grain. Le renard, pourtant rusé, ne trouva rien non plus. Vide.

Tous, effarés, décidèrent d’aller prévenir le lion. Le lion dormait dans sa tanière, le ventre plein. Le lion avait mangé et bien mangé la pitance de chacun.

 

 

On ne fit rien contre lui. Que faire contre le fort au ventre plein si ce n’est prendre le risque que de mourir un peu plus. On ne fit rien contre mais on fit ensemble. On chercha le moindre grain et on entassa. Ce fut dur mais c'était plaisir que de faire ensemble. Et on constitua, patiemment, de jolies réserves qui permirent de traverser la sécheresse. Ce fut la fourmi qui remangea la première, puis la souris, puis le lapin, enfin le renard. On laissait l’écuelle propre.

On s’était fait ami avec des animaux que l’on fuyait jusqu’alors.

La sécheresse cessa avec la pluie, une pluie généreuse, fertile. La savane reverdit. On ne sut jamais ce que devint le lion, on le vit errer longtemps le ventre plein et le sourire aux lèvres. Puis perdre son sourire bien que son ventre restât plein.

On sait aussi que la fourmi, la souris, le lapin et le renard, au ventre moins plein, gardèrent le sourire.  

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Published by lanuitparle
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Charlotte 03/07/2010 06:02


Oui;il finit bien ...Encore que, j'eus aimé que le sourire perdure sous les moustaches du lion! Lui murmurer à l'oreille que gagnant-gagnant est une attitude de zénitude absolue qui conviendrait à
sa nature féline: pourquoi toujours se battre pour être le premier, surtout quand la vie vous a attribué la jolie étiquette de roi des animaux...
Tendre fin de semaine à toi et beaucoup de bonheur!