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blog de lanuitparle

Un truc où j'écris

 

vous êtes ... à avoir visité

3 août 2007 5 03 /08 /août /2007 16:11

S'initier à la littérature mais difficile d'en parler simplement. D'abord réduire cette complexité en essayant de mettre les écrivains dans des catégories. Il y a déjà plusieurs catégories existantes, les poètes, les romantiques, etc. Ce sont des catégories qui se font sur le genre littéraire (roman/poésie/autobiographie) ou sur le courant. Ainsi du "nouveau roman" courant fort des années 50-60 défini autour des auteurs Robbe-GrilletMichel Butor, Sarraute ou du surréalisme. Ce sont des formes particulières d'écriture non encore explorées avant eux, assez proches les unes des autres pour qu'on puisse les rapprocher en une espèce d'école. Ce qu'on appelle un courant, ce qu'on peut appeler une catégorie aussi.    
 
1. Les défricheurs.

Il y a ceux qui défrichent quel que soit la valeur que la postérité leur a donnée. Dans cette famille, on trouvera Joyce, Faulkner, Proust bien sûr, Lowry mais c'est moins connu, Malcom Lowry. Certains auront tracé une sente, d'autres un sentier, d'autres un chemin. Certains comme Joyce auront tracé des chemins non encore entièrement explorés dont on découvre la richesse des possibles encore maintenant. Ils auront permis à la littérature de ne pas mourir. Joyce c'est un écrivain irlandais, vous avez c'est celui pour lequel je vous ai dit que je n'arrivais pas à rentrer dans son oeuvre. Peut-être peut-on commencer par Les gens de Dublin pour le connaître, c'est un film aussi de John Huston. Faut pas commencer par Ulysse en tout cas. C'est un autre de ses livres. Dans Ulysse on ne peut pas manquer le monologue de Molly Bloom, un texte sans discontinué de plusieurs dizaines de pages sur ce qu'elle pense, Molly, ses associations d'idées, on y suit une pensée qui se raconte, jamais on avait fait cela avant Joyce. Enfin je crois. On disait "machin pense que...". Là non, on accède à la pensée, vous savez quand on pense, c'est toujours très confus, ça se raconte pas la pensée, ben là y'a un mec qui a essayé de rendre la pensée "narrable", "racontée. Ca tue hein ? Pennac gueulerait s'il savait que je dis "on ne peut pas manquer", lui qui n'arrête pas de nous dire qu'on fait bien ce qu'on veut avec les livres. Ce sont "les droits  imprescriptibles du lecteur". Où dit-il çà ? C'est un livre au titre court. Bon je reviens à notre catégorisation. Ah oui c'est sans doute dans Comme un roman.
         
2. Les raconteurs.
Après y'a ceux qui racontent, ils racontent leur vie (Hervé Guibert, A l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie, Claude Roy, Permis de séjour) ou une belle histoire (Gavalda, Ensemble, c'est tout, Pennac, la série des Malaussène bien sûr) ou une période de leur vie telle que son analyse par Alain Rey, Une saison chez Lacan dans lequel je lis pour la première fois que l'analyse peut conduire à la mort, si tel est le désir du sujet). Que cette histoire soit vraie ou imaginaire, on voit très vite que littérature et la vérité font très mauvais ménage.
L'écrivain de J. K. Rowling (Harry Potter) est une excellente raconteuse.
On a cru que le littérature pouvait être réaliste, y'a bien un courant littéraire qui porte ce nom, ça c'est au début du XIXème, c'est Zola quoi. C'est de lui Germinal qui fait partie de la série des Rougon Macquart, fresque sociale courant sur plusieurs générations au temps des chorons et des coups de grisous et des premières révoltes sociales et mouvements ouvriers. C'est lui aussi "J'accuse" et "ce siècle avait deux ans". Il est né en 1802.
Mais on sait maintenant que c'est pas possible. Y'a bien des théoriciens qui ont essayé d'inventer de nouveaux mots, des concepts quoi pour désigner cette littérature ou un écrivain essaierait de nous parler d'iun fait avéré ou de lui en faisant des entorses au réel, en s'autorisant des écarts, le mot inventé c'est "autofiction", on dit que c'est Doubrovski le premier à avoir exploré ce genre. Son livre c'est Fils. Même le mec qui le plus fidèlement veut nous parler de la réalité ne peut pas le faire et ce pour au moins trois raisons qui n'ont pas d'ordre précis.
                    La première, c'est la mémoire. Elle nous joue des tours notre mémoire, elle s'accomode, elle  est tout ce qu'on veut, même capricieuse.    
                    La seconde, ce sont nos mots. Un touareg qui nous parlerait du vent, du même que celui que l'on a ressenti avec lui, à côté de lui ne peut pas en parler de la même façon que nous. C'est Georges Vignaux (linguiste) qui dit ça. Pour le touareg, parler du vent n'aura pas le même sens ni le même enjeu que pour nous. Parfois sa façon de le nommer le vent, aura valeur de vie ou de mort, pas pour nous. S'il dit que le vent se lève et qu'il est dans le désert, ne peut-il utiliser qu'un mot. Non, il en a plus de dix là où nous, nous n'avons qu'un. Voyez l'importance des mots. Le touareg a besoin de tous ces mots pour encoder le réel et en donner à voir un même aspect à son narrateur. C'est Georges Vignaux qui nous expliquait cela. 
                    La troisième raison, c'est nous, moi quoi, ma névrose, ma façon de percevoir ce que je vis et ma façon de l'encoder. Le registre dans lequel je suis lorsque je vis la situation. Si je viens de perdre ma compagne au moment de cette longue conversation avec Zineb, je ne pourrais pas dire que j'ai passé un bon moment avec Zineb. Mais si les choses sont moins douloureuses, si je suis bien dans de l'émotion quand Zineb appelle, mais pas cette émotion qui fait chialer de douleur et tord le bide, alors je vais pouvoir dire "j'ai passé un bon moment", je l'aurais vécu ainsi. On est une corde sensible.
    
Aussi abandonnons l'idée que la littérature puisse être réaliste. C'est plus ou moins vrai certes. Mais comment accéder à la réalité ? Cet après midi, si vous et moi avions vécu le même après-midi ensemble, en raconterions-nous la même chose ? Non. C'est sûr que non. Sauf si avant de se séparer on s'était mis d'accord sur un contenu commun de narration. Sauf si on s'était dit, voilà ce qu'on a vécu aujourd'hui. Sauf si on l'avait raconté ensemble. Qu'est ce que cela signifie ? Cela signifie que narrer fige, fabrique de la réalité. Raconter façonne la réalité. La réalité c'est pas ce que j'ai vécu, c'est ce que je dis avoir vécu. Et plus on est à nous raconter la même histoire, plus cette histoire sera vraie. On voit bien que la vérité d'une histoire ne tient pas ou si peu de ce qui s'est passé. Et on voit bien aussi que l'autobiographie telle que la définissait Lejeune est mise à mal.
Ah le statut de l'histoire.
 
Et puis ceux qui racontent des histoires à des fins pédagogiques, Sartre par exemple dans Les mains sales ou dans La nausée qui use d'un autre support que l'essai pour affirmer que l'existentialisme est un humanisme pour parler de son engagement et dire autrement que "l'existentialisme est un humanisme". 
         
3. Les gourmets. Bon après, 3ème catégorie, y'a les gourmets. Ce sont souvent des musiciens, ils écoutent ce qu'ils écrivent et nous demandent de tendre l'oreille, "Ta geule disent-ils et écoute". Si tu ne te tais pas, tu ne peux pas les écouter, t'es obligée (oui je sais, j'ai mis la forme féminine à "obligé") de te mettre dans une posture de réception. Tu te laisses faire, les relaxologues disent "lacher prise". Tu laches quoi. Si tu lis de la poésie et que tu t'entends toi, quel dommage ! Et fais gaffe parce que franchement on en fait du bruit. Le "Soi" fait du bruit. Les gourmets sont aussi des attrapeurs de musique, on vient de le voir ou de réel.
Je poursuivrai plus tard, je file à la douche et voudrai être au travail tôt. Je reprends, on est le soir maintenant. Les gourmets ce sont des esthètes, ils expérimentent. Ils peuvent être mus par deux motivations, l'expérimentation ou le saissisement. Le saisissement, c'est le poète, il saisit quelque chose qui passe, une émotion et cela s'écrit, il serait incapable de reproduire deux fois la même chose. Ces mots sont des filets à papillons. D'ailleurs il ne saisit pas que de l'émotion, Aristoye dans sa Poétique dirait qu'il saisit le monde, qu'il donne à voir le même et ce à travers les figures de discours, ou figures du discours. Aristote est le premier à les catégoriser? Dumarsais et Fontanier le feront à leur tour puis les anglo saxons tels que Searle. "Donner à voir le même", cela signifie qu'il nous donne à voir le réel. Ce que Lacan jugeait impossible. 

4. Les psychologues. Ce sont ceux qui prennent le temps de nous raconter ce que pensent leurs personnages. Ce sont souvent des récits qui s'attardent sur une même personne même s'ils ne sont pas en 1ère personne. Je pense à Paul Auster, Arundhati Roy. J'aime beaucoup cette littérature si elle sait rester modeste si l'écrivain ne se transforme pas en psychologue justement.

5. Les survivants. Ce sont ceux qui ne peuvent pas faire autrement qu'écrire. Ils ont deux vécus face à la littérature. Soit ils écrivaient avant l'expérience singulière (c'est un euphémisme) qu'ils vont vivre, soit l'expérience a amené (imposé) à l'écriture . Là on pense à toute la littérature concentrationnaire (Antelme, Semprun), à celle de la pathologie mortelle, de la dictature (Soljénitsyne). C'est le fruit d'une expérience des limites. Je reviendrai sur cette écriture des limites. Me demande si les guerres récentes ont favorisé cette écriture (le rwanda par exemple).  

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Published by lanuitparle - dans livres
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