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blog de lanuitparle

Un truc où j'écris

 

vous êtes ... à avoir visité

9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 07:42

On croit construire une maison et on construit un foyer, je l'ai su vers 13h dimanche 6 novembre, pendant la pause du déménagement. On arrivait à Billaudel. On s'était activé depuis très tôt,

     d'abord nous, en famille, Marie, Laure, les petites,

     puis les premiers amis,

     puis les collègues de Marianne,

     puis Virginie qui nous rejoint vers midi. 

Laurent son mari est arrivé le premier à 8h et tout de suite nous avons commencé à charger. Charlotte réclamait son matelas alors ce sont les matelas qui sont partis les premiers.

On ne sait pas ce qu'est un foyer. Je ne savais pas ce qu'était un foyer, je ne le découvre qu'à 45 ans. Miller éclairait un peu cela lorsqu'il écrivait qu'une maison, ce n'est pas que des murs, il parlait de toît symbolique. 

 

L'arrivée des amis s'est échelonnée, une succession nécessaire, ne pas faire venir tous les amis en même temps, c'était une idée de Marianne, proposer à certains d'arriver tôt, d'autres 1h30 plus tard et alors les relais sont pris, j'étais surpris de voir les pièces se vider à cette vitesse, habitué à connaître la maison selon mes propres rythmes, connaissant bien le temps et l'effort qu'il faut pour remonter les cartons de la cave, souffler en haut de la 2ème série de marches.  

 

Une énergie renouvelée arrive dans la maison alors que je soupirerais presque de fatigue. Et c'est moi-même qui me retrouve chargé de cette énergie-là. Une collègue de Marianne que nous n'attendions pas vient avec sa voiture qu'elle a vidée pour nous aider et elle s'active déjà pour la remplir des choses fragiles. Aucun mot pour lui souhaiter la bienvenue. Pas eu le temps, c'est elle qui ne me laisse pas le temps. Une fourmi qu charge. "Et ça, je peux le prendre?". 

 

D'où vient cela, je suis étonné. D'où cela vient? Je me pose souvent cette question en même temps que je savoure, cette aide spontanée que l'on peut recevoir. Qu'attendent ces amis qui aident ? Je ne suis pas d'accord, pas du tout d'accord, qu'il y a une attente systématique, l'attente d'un retour. Lorsqu'on aide, c'est quelque chose que l'on verse au crédit de l'humanité, comme ce type qui a été aidé sur la préparation d'un concours et qui demande comment remercier et qui s'entend dire qu'à son tour, il pourrait verser quelque chose de chouette à l'humanité. Juste faire que cela tourne plus rond. Cela n'a rien à voir avec le don d'objets, cela a à voir avec notre humanité !

 

Il est 13h, on se met à table dans la nouvelle maison, on l'appelle Billaudel, on est tous à Billaudel. On l'appelait Blllaudel jusqu'à dimanche matin. Où est Marianne ? Elle est à Billaudel. Depuis ce repas autour de midi, ce dimanche, le dernier la maison a cessé d'être Billaudel pour être "la maison". "Je suis à la maison et toi tu es où ?" 

 

Les amis ont proposé une demi-heure plus tôt de faire un dernier chargement, le camion fut chargé puis vidé, on s'installe, tout est sur la table du salon, tout, c'est le repas, un repas froid que Marie était allé acheter dans deux endroits différents et dont elle était la garante depuis la veille. On riait qu'elle nous interdise de toucher aux victuailles.

- "Pas même un peu de coca ?"

- "Non, surtout pas !" Elle soupirait. Je l'adorais.

Marie avait raison. Et les mets sont délicieux, il fallait savoir les mener jusque là.  

 

Une grande table à zelliges, et chacun s'installe presque confortablement, s'installe bien en tout cas. Jusque-là,  l'apposition "confort" et "Billaudel" était impossible. Billaudel était un chantier.

 

On est allé acheter de la bière avec Laure, j'avais envie de bière, de cette bière là, alors que je ne la supporte plus depuis plusieurs mois. Je ne la supporte plus physiquement. Maux d'estomac qui peuvent me coucher. Mon corps n'aime plus l'alcool. 

 

On est dans cette maison, les filles sont autour de la table, certains amis aussi, Malek à ma gauche, à sa gauche Mehdi, vu pour la seconde fois ce matin,la première c'était à Uzeste en mai dernier à l'occasion d'une animation culturelle.

A ma droite Virginie ou Lola sa fille, Laurent est là aussi, Charlotte à côté de Laure. C'est Virginie qui fait remarquer que la famille va pouvoir vivre là, et c'est vrai que la famille pour déployer ses liens a besoin d'espace, on a maintenant l'espace d'une famille. L'arrivée récente de Marie et l'achèvement de la maison ont un lien que j'ignore encore. Je n'espérais plus l'arrivée de Marie, je la voyais s'installer dans une violence subie dont elle était consciente de l'infamie toutefois mais qu'elle pouvait tout aussi bien relativiser. "Parfois, elle est gentille" disait-elle.

 

Je pense à Marianne qui alors que nous faisions les travaux, 15 jours auparavant, dans une maison vide de meubles, s'évertuait à ne pas faire de bruit pour ne pas réveiller les filles. Nous ne vivions pas là encore, il était donc impossible qu'elle réveillât les filles, c'est juste qu'elle savait déjà que la maison était un foyer. La maison était-elle déjà occupée par ses futures petites habitantes? Sans doute, sans doute est ce pour cela que Nina demandait tant à y venir pour nous aider.  

 

Dimanche, Il est plus de 13 heures et je me sers une bière et je ne l'ai pas encore bue que déjà je m'ennivre, comme si les choses avaient glissé, comme un curseur sur une règle, l'une sur l'autre, la maison de la rue de Bègles, celle de Billaudel, ça a glissé pendant des mois. Il y avait juste une toute petite fenêtre pour que cet improbable se réalise et là, nous y sommes.

 

Je sais combien il a pu m'arriver de perdre de vue Billaudel, de penser en mon for intérieur, mais un for intérieur peu enfoui, que nous n'y arriverions pas. Je m'en excuse.  Et c'est vrai que sans la détermination de Marianne, sans l'aide "providentielle" de Bruno et d'Yvo, nous n'y serions pas parvenus.

Pardon pour ce "providentielle", cela a sans doute plutôt à voir avec un crédit, comme si l'humanité nous avait fait crédit de ces aides pour que nous aboutissions.

Les filles dorment, chacune dans leur chambre, on est mardi matin, Marie est partie tôt pour le lycée, elle a eu 12 hier en français et s'attend à avoir 20 en anglais. Marianne a quité la maison pour une animation pédagogique. Laure va bien.

 

Qui remercier ? A cette même question posée il y a 3 ans, Farida avait répondu parce que cela lui était évident.

"Dieu, c'est Dieu qu'il faut remercier".  

 

 

 

 

 

 

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Published by lanuitparle - dans demain
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