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blog de lanuitparle

Un truc où j'écris

 

vous êtes ... à avoir visité

27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 10:40

Ma

J'ai connu Ma en mars 200., dans un lieu de détente, un truc genre jacuzzi, à Bordeaux. J'y allais chercher un peu de paix. Nous avions, après ce lieu, pris un verre, un thé sûrement, assez tard à la maison, elle était venue avec son mari. Ma habitait alors sur le bassin d'Arcachon. Nous nous sommes revus le 3 août 2008. Je lui avais écrit depuis Bangkok un an plus tôt par mail. Le mail m'était revenu. J'avais alors écrit une lettre à l'adresse connue sur le Bassin et le courrier l'avait rejointe au Maroc. C'est de là qu'elle m'avait répondu.

Elle était venue en train jusqu'à Bordeaux quelques semaines plus tard. Nous avions convenu par téléphone que je la prenais en voiture à la gare. Elle portait à la main un sac en plastique, type intermarché, je l'avais hélée depuis la voiture et elle était montée au carrefour qui se situe juste en haut de la gare, au pont du Gui. J'avais le bras gauche en écharpe suite à une intervention chirurgicale, il faisait beau, il devait être 19 heures. Ma est alors montée dans la voiture et n'en est plus jamais redescendue, nous sommes allés à l'abbaye de la Sauve majeure dont j'avais entendu parler pour ses concerts de musique classique. Nous sommes allés à Port des Barques, à Brouage, à Rabat avec mes filles, à Paris avec la sienne, à Merzouga, à Pondicherry.



Isabelle.

Le rêve, fait hier, m'invite à aller plus loin dans le temps. Plus avant en tout cas. Plus profond dans le temps, plus loin dans ce que le temps a marqué. A l'origine de ma souffrance. Je commence à trouver un bénéfice à écrire cela, je sens que je construis un objet, un truc qui se détache de moi en même temps que l'écriture en dit quelque chose. Cela se construit à côté de moi, en dehors de moi, comme quelque chose qui pousserait dans le jardin. Plus dans la maison, cela aurait bien à voir avec moi, mais cela ne serait plus constitutif de moi. Cela signifie et je ne le réalise qu'à l'instant, qu'un jour je saurai en rire. J'aurai ce savoir là, en rire. Qu'est ce que c'est bon! je souris.  

Cette époque m'a perclus de douleurs, comme de rhumatismes, Guibert dit être perclus de microbes dans A l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie. Le terme "perclus" parle d'une réalité sombre et avalante. J'ai eu mal d'avoir vécu cela. Jusqu'à en perdre mon genre. Et mon sexe. Plus mon sexe que mon genre. J'avais cessé d'être un homme, je n'étais pas une femme pour autant bien que les lapsus s'étaient immiscés dans mes phrases. Je m'exprimais au féminin. Il aurait fallu dénicher tous ces mots étrangers dans mes phrases, d'abord pour les reconnaître comme symptômes, puis identifier le syndrome qui était à l'origine puis pour déloger ce dernier. Un coup de pied au syndrome.Ma grammaire était malade. J'étais plus perdu dans mon genre que devenu un autre. On peut cesser d'être un homme surtout quand on ne l'est pas encore. Mes genoux, mon genre et mon souffle, j'ai perdu cela. Je retrouve l'homme en soi après des dizaines d'années. "Dame Nature comprit qu'on ne peut être un autre que soi et qu'être soi prend parfois bien du temps" dit le conte. C'est quoi perdre son sexe ? C'est se trouver encombré d'être un homme, avec un désir. C'est ne plus savoir quoi faire de son désir puisque son désir devient coupable. Je suis coupable de bander finissai-je par me dire, coupable de désirer ma femme. Alors qu'est ce que l'on fait de son désir ? Parce qu'on apprend à en faire quelque chose, on a du mal à le réprimer c'est sûr. Comment l'exprimer ? Doit-on l'exprimer ? Je n'ai appris qu'après que bander était un geste d'une grande beauté. Bander pour l'être choisi.

Mes filles. Le récit s'est d'abord construit autour de toi, puis au fil des heures s'est imposée l'idée que la vie avait su m'offrir le pendant de douceurs de ta violence et que ma vie était faite de ces perspectives. Je suis riche de t'avoir vécu maintenant que je ne suis pas mort.

Ce jour où je portais Marie dans les bras, nous nous étions abrités de la pluie sous les halles de Bayonne, la pluie se jetait sur le sol et tu riais à voir ce fracas, toi à la fois protégée par mes bras et par l'abri des halles, tu as pris mon visage entre les mains, des petites mains sur un visage d'homme et dans un éclat de rire, tu as dit j'aime que tu m'aimes papa. Et tu as collé ta joue contre la mienne. J'ai senti alors une incorporation de l'amour, je devenais un bloc d'amour comme on pourrait être un bloc de pierre, tu m'as faite père Marie à cette minute-même, et je suis père de cette même matière depuis cette date. On est père par étape, certains le sont par l'acte de naissance, d'autres ont pu l'être avant au moment où ils connaissent l'enfant au moyen de l'échographie. Nommer l'enfant très vite, pour l'accueillir dès l'échographie, parce qu'alors on a le temps nécessaire pour l'accueillir. Bonjour Marie, bonjour Nina, bonjour Charlotte, ces mêmes mots dits à chacune d'entre vous, avec la même sincérité. Puis ceux de la naissance, bienvenue Charlotte. Bienvenue dans ce monde dont on tait toute la complexité et la géniale ambivalence. Bienvenue dans ce monde où tu souffriras de perdre des êtres chers, tu souffriras de comportements que tu prendras comme des trahisons, de maux que tu t'inventeras dans ton for intérieur, bienvenue dans ce monde d'amour, de sueur, de Bruit et de fureur dit Faulkner, de doux partage lui répond Bobin, de parfums de rose, de glycine, de coco Chanel n°5, de tomates cueillies au pic du soleil, bienvenue dans ce monde dont tu percevras la richesse au fil du temps, quand les mots te donneront à voir et à comprendre tout ce que tu as à en vivre. Ne te prive pas des mots pour vivre. Ils ont des portes sous lesquelles passer pour mieux vivre, sentir, ressentir. Le linguiste Georges Vignaux nous racontait que les touaregs possédaient 10 termes pour désigner le vent, plus encore pour parler des pierres. Ces mots rendent le désert signifiant alors que nous n'y voyons que du sable et des pierres.      

 

Isabelle.

Cela va mieux, beaucoup mieux, l'amour de Ma. a pansé, a mis de l'onguent divin sur ces blessures. Un souffle qui répare. Quand l'autre nous blesse, les blessures deviennent à soi. Il m'inflige des blessures qui finissent par être les miennes. Il les commet et ce sont les miennes. C'est injuste cela comme cela devient à moi alors que cela vient de l'autre. L'autre se retire bien entendu mais la blessure continue de couver. Comme une dague que l'on enlèverait facilement d'un corps. Mais que l'on ne peut enlever que très précautionneusement parce qu'elle a déchiré les tissus et que l'enlever peut également commettre des dégâts. Te vivre tue.

G. avait eu ce geste une nuit de me recouvrir dans mon sommeil, c'était après toi, Ma. a eu le même geste presque 20 ans plus tard, la nuit dernière aussi. La nuit dernière, elle m'a aussi dit qu'elle m'aimait à plusieurs reprises. Ce geste de recouvrir est un geste d'amour. C’est à l’aune de ce geste que je saurai désormais si l’autre sait aimer. Lorsque nous nous sommes séparés avec G., G. disait qu'elle ne pouvait plus vivre en ta présence, que tu avais tout impacté, tout massacré. Je ne le disais pas moi-même, je me sentais responsable de n'avoir pas su protéger ma famille de ton influence. J'ai eu le sentiment que la vie avec G. avait dû être sacrifié afin de garder à tout prix le lien avec Marie.



La notion "d'empreinte écologique" dit combien l'homme impacte les ressources de son environnement. Il aura beau cessé de puiser dans ces ressources, celles ci continueront à manquer. Cesser de puiser ne reconstitue pas. On est un autre, bâti sur d'autres schèmes.Longtemps, ces ressources m'ont manqué, il m'a fallu une seconde vie entière de couple (du début à la fin) pour comprendre que l'âme et le cœur, d'autres noms pour désigner le soi, peuvent inventer, donner vie à d'autres ressources. Et que ces ressources ne sont pas des ressources de substitution convoquées là "pour faire comme". Des ressources à part entière. Ce n'est que plus tard encore que j'ai compris ce qu'était un foyer. C'est un toit, des murs et une respiration. Il y a foyer quand s'est installée l'idée de permanence. C'est ce à quoi, on ne peut toucher, l'idée de permanence. La permanence fait repère, construit une stabilité affective. La permanence de tes coups sur notre fille a touché au processus de sa construction, comme pour ces maladies neurologiques qui altèrent le trajet de l’influx nerveux. Je me suis beaucoup inquiété de cela, maintenant non, maintenant que les cognitivistes ont montré que d’autres trajets pouvaient s’inventer dans le cerveau. Marie a pris d’autres chemins de construction. Elle y est dans sa construction, dans son baccalauréat. Marie est une enfant miraculée grandie sur deux champs de ruines, le tien et celui de notre affrontement. Excuse-moi d’avoir autant lutté pour elle, je craignais qu’elle ne meure sous tes coups. Lorsqu’elle est arrivée à la maison en octobre 2011, ses nuits étaient chargées de cauchemars. Nous la récupérions en pleurs. Récupérer, c’est prendre dans les bras. « Viens ma grande, viens dans mes bras. Ce n’était qu’un mauvais rêve.» Mais ce n’était pas qu’un mauvais rêve, ce n’était que la répétition nocturne de ce qu’elle avait toujours vécu. Ses rêves l’ont obligé à revivre des dizaines de fois ce que tu lui avais infligé, et ce dont tu es comptable maintenant. Tu es allée jusque dans ses rêves. 

Rêve : Représentation, plus ou moins idéale ou chimérique, de ce qu'on veut réaliser, de ce qu'on désire : Accomplir un rêve de jeunesse en dit le dictionnaire Larousse. 

Les siens étaient des répétitions de ce qu'elle avait vécu. Chacun de ses rêves l'ont éloigné de la réalité vécue. Te réjouirais-tu de savoir qu'elle va bien ou y verrais-tu encore une amputation ? Cela t'enlèverait qu'elle aille bien.

 

Cette vie que vous aviez vécue ensemble s’est dévoilée progressivement, au sport par exemple, à la course mais aussi au badminton. Marie racontait, au début c'était en pleurant. Ça sortait n'importe comment. C'était extrêmement violent. Je réalise que ce n'est pas son récit qui était violent, le récit ne faisait que rendre présent ce que tu lui avais infligé. Maintenant, elle rit lorsqu'elle rapporte ce qu'elle a vécu, je suis très mal à l'aise face à ce rire. C'est un drôle de rire que je ne sais pas encore qualifier.

Il y a quelque chose de grotesque de savoir autant de toi alors que je t'ai si peu vécue. Grotesque aussi de savoir que tant de choses se sont faites à l'insu des juges, nous en avons connu 3 ; 2 juges aux affaires familiales, 1 juge pour enfants.



Le chemin est long, lent, parfois sinueux alors il faut :s’empêcher de baisser les bras, s’empêcher de trop exiger d’elle, croire qu’elle fait de son mieux et que son mieux n’est peut-être pas à la hauteur du mieux d’un autre mais c’est son mieux, s’empêcher de convoquer la  vie d’avant pour expliquer les freins qu’elle rencontre dans la vie de maintenant. Son « fait de son mieux » évolue assez vite.  

Elle est admirable tu sais, admirable et drôle. Elle a trouvé en la personne de sa prof. principale l’accompagnement qu’il lui fallait. Elle lui a demandé récemment si elle aurait son bac et celle-ci a répondu que oui, comme si la question de Marie la surprenait.  

 

Ma

J'ai retrouvé mon genre sous les mots de Ma. dans l'intimité d'un lit. Les lits sont à usage unique. On devrait changer de lit, quand on change de femme ou quand la femme nous laisse. Un lit ne peut accueillir deux couples, même successivement. On construit son lit comme on construit une maison, endormissement après endormissement, réveil nocturne, aller pisser après aller pisser, bonne nuit mon amour après bonne nuit mon amour. On construit doucement une cathédrale. Au début, je pensais que Ma. était un ange et qu'elle finirait par me l'avouer. Jacques, j'ai un truc à te dire. Euh voilà, comme je ne te cache rien, j'ai un truc à te dire. Et doucement, de cette voix qui tinte comme une petite clochette dans une nuit froide, une clochette qui annoncerait qu'il y a là une soupe chaude et un feu pour se réchauffer, qui promettrait cela à un homme qui a froid et qui est seul, seul comme à la fin d'une vie seul, doucement, de cette voix qui chante haut, elle aurait dit je suis un ange, j'aurais touché sa peau qui ne vieillit pas, cette peau que je masse, le grain tendre de sa peau, et j'aurais constaté qu'elle est un ange et que Dieu existe. Dieu existe depuis G et depuis Ma. Dieu m'a donné cette chance d'être père.

 

Isabelle

Les faits ont été tellement forts qu'ils en sont écœurants, que ces souvenirs puent. Ecœuré de me souvenir de ce que nous avons vécu. Ce ne sont pas encore des souvenirs, cela n'a pas à voir avec l'habituelle chronologie du temps, "je ne peux pas dire j'ai vécu cela, puis cela et cela aussi". Cela relève plutôt de la figure de l'étalement, tant ta présence s'est étalée dans ma vie jusqu'à en salir le moindre recoin. Même après bien entendu. Jusqu'où l'autre peut-il rentrer dans sa propre vie pour en salir toutes les poésies, tout ce qui n'est pas encore construit, toutes les certitudes, toutes les forces ?

 

Mes filles.

Charlotte s'était enfermée dans les toilettes de la maison rue de Bègles, elle avait deux ans ou deux ans et demi. Elle pleurait derrière la porte, c'était la première fois que l'une d'entre vous restait bloquée derrière cette porte. Cela avait duré plusieurs minutes, un quart d'heure peut-être, elle pleuré à chaudes larmes et cessait de pleurer. Comment pouvait-elle occuper ce moment ? Lorsque nous avions réussi à ouvrir la porte avec Jacques, appelé à la rescousse, nous avons découvert ce qui occupait Charlotte, elle avait recouvert la cuvette des toilettes de plusieurs couches de papier toilette, 5 couches peut-être.  

 

Isabelle.

On meurt de te rencontrer, combien sont morts de t'avoir rencontrée ? Combien réellement ? Ne faudrait-il pas que tu les comptes maintenant pour en faire quelque chose, juste cesser de faire mourir ? Comment vit-on avec cette humiliation quotidienne "tes amis t'aiment parce qu'ils ne te connaissent pas", "tes notes sont excellentes en littérature parce que ton regard sur la littérature est si décalé qu'il étonne", "on t'aime parce que l'on ne connaît pas". Te souviens que tu que tu te vantais qu'un jeune homme était devenu homosexuel après être sorti avec toi ? Ou que tu avais embrassé le mari de ta sœur ? "Tout cela est faux" pourrais tu dire. Mais comment aurais je l'inventer ? On vit grâce aux rencontres d'avant, je pense moins à la dimension amoureuse de ces rencontres, je pense aux outils de survie que ces rencontres ont laissés. Ces outils sont Christian Bobin, William Faulkner, Sepulveda, Marcel Proust, Arundhati Roy, ils sont là dans les librairies. Je comprends à l'instant pourquoi la seule chose qui me soit restée après avoir quitté ton antre, sont ces livres. On ne peut partir sans élan.

 

On part avec ses livres et son élan intact d'aimer, son élan d'aimer mais pas sa capacité. La capacité ne viendra que bien longtemps après. On a envie, on aime mais on ne sait plus par quel bout ça se prend aimer. On aime mais on est agi par ses propres réactions. On aime avec déchets. Tout ce vocabulaire de réactions qui vient se foutre entre soi et l'autre, l'autre que l'on aime pourtant. On est agi par ses propres protections.  

 

C'est comme le sarcopte (Sarcoptes scabiei), cet insecte qui s'installe insidieusement sous la peau et qui pond ses œufs, insidieusement bien sûr, des œufs qui éclosent insidieusement, d'autres insectes naissent alors et vivent leur vie sous la peau, c'est insidieux, cela signifie que cela ne se voit pas en surface, ça se sent mais moins grave que cela ne l'est, mais cela n'a pas de limite, c'est sans ontologie. C'est la vie propre, la reproduction du même quels que soient les effets de cette reproduction.

 

Parfois dans le combat de judo, on est poussé à déborder, pas en compétition, où le combat est très surveillé par l'arbitre, mais à l'entraînement. Cela m'est arrivé quelques fois, et alors quelque chose nous arrête. Cela a à voir avec le respect de la règle apprise, et le sens de cette règle. Quelque chose nous empêche de passer à l'acte, de faire n'importe quoi pour gagner. On appelle cela la déontologie du judo. Tes combats à toi n'ont jamais été réglés. Il faut tuer quitte à mentir et à se mentir. Pourquoi les règles ont-elles été inventées ? Pourquoi y a-t-il des ordres réguliers, auxquels les adeptes sont ils si attachés ? Pourquoi s'attache-ton autant à la règle dans les ordres où les hommes réfléchissent autant, les maçons, les bouddhistes, les cisterciens. Parce que la règle préserve la vie et l'accès au droit de chacun. Cela a voir avec l'égalité des droits. Tu crois que la règle vient de l'extérieur, mais qui a fabriqué au fil des millénaires cette règle, si ce ne sont des hommes et des femmes comme moi.

 

Es tu morte aujourd'hui ? Je ne le sais pas, je ne le souhaite pas mais j'aimerais que tu le sois. J'aimerais que la vie t'ait montré quelque chose de cet ordre-là, qu'il y a une limite à l'infamie. Qu'est ce que tu es sale de la douleur que tu as provoquée chez, en, tous ces êtres qui t'ont  aimée. Aimer, c'est baisser sa garde, c'est dire à l'autre "Tiens, sers-toi !, Tiens sers toi du plus fragile de moi, du plus sensible, de mon intime quoi. C'est faire entrer l'autre dans sa ruche, dans sa fabrique de miel.  C'est bon le miel, il faut combien d'heures soignées pour faire un pot de miel ?

Et alors, on met les pieds dans un lieu saint, on entre au Sacré Cœur et on se retrouve au fond subjugué par ces petits carreaux d'or. Celui qui t'aime, ce type qui t'ouvre la porte de sa ruche, il n'a rien mieux à t'offrir. Tu es dans le Saint Graal, d'autres se seraient déchaussés, tout le monde se serait déchaussé, tu as pris soin de marcher dans la merde juste avant. Ainsi tu as bien sali.

 

Sers toi de ce que je cultive au plus profond de moi dit-on implicitement à cet étranger. C'est l'endroit de soi où rien n'est consolidé mais où tout se construit. Z. parlait de petit lac intérieur. On dit à l'autre "Bois à l'eau de ce lac". On ne dit pas alors qu'il faut en faire bon usage mais cela va de soi ? C'est une règle implicite. Puisque c'est du fragile, le si_fragile_de_soi dont il est question. Pardon à celles dont j'ai blessé le si_fragile_de_soi.

 

On devrait dire qu'il faut faire un bon usage de la part de soi dont on offre l'accès à l'autre. On ne le dit pas, offrir réjouit tant. Offrir. On ne peut ouvrir la porte et la laisser fermée. Donc l'autre dans cet univers sensible, il s'émerveille d'un tel trésor. Putain que c'est beau. Ma à qui j'étalais mes blessures comme pour lui dire "ne_m'aime_pas_ça_ne_vaut_pas_le_coup", tout était sorti, je l'avais empêché de me toucher, je voulais une parole connectée, sans aucun prisme, à mon être, Ma avait dit cela. "Putain que c'est beau". Là où d'autres auraient vomi, elle a tout pris, (j'avais écrit "tout prix"), tout aimé, comme un présent de Dieu. Et alors, tout a pu recommencer. La nature après Fukushima.

 

Au début, quand on recommence, après les tout débuts faits de nuits et de jours d'amour, ces débuts façonnés par le grain de peau de l'autre; au début, on regrette tout ce temps perdu d'avant l'autre, d'avoir espéré l'autre. Puis l'on comprend que c'étaient des ans d'attente. On avait sorti les tapis depuis son âme pour les épousseter au grand vent. C'est poussiéreux un tapis, on ne sait jamais quand on en a fini avec cette poussière. 



Les psys et toi : combien Marie a-t-elle connu de psychologues

Mme Jordan Chevillard à Bordeaux, tu avais dit à Mme Marie que Mme Jordan Chevillard me répétait ce que Marie lui disait et qu'alors cet accompagnement ne pouvait bénéficier à Marie. Alors tu avais entrepris la recherche d'un nouveau psychologue et le travail avait commencé parallèlement. En effet, l'investissement de Marie dans ce travail paraissait bien improbable.

M Argelès à Dax au CMP :

Mme Tomatis à Bordeaux : tu avais demandé à Mme Tomatis de confronter son avis à celui de Marie. Elle (Mme Tomatis) te disait que Marie se plaisait chez moi, tu disais que Marie disait le contraire. Alors, tu les as confrontées. La mère que tu es a confronté, c'étaient tes mots rapportés par Mme Tomatis, sa fille au psychiatre pour voir lequel des deux mentait. C'est terrible cela. N'entends-tu pas que ta structure interne qui devrait te dire ce qu'il est normal de faire de ce qui ne l'est pas est défaillante.

Je me souviens d'une autre femme, une psychologue de Dax.

D'autres dont je ne connais plus le nom et que j'ai sans doute dans les dossiers de jugement.



Les juges et toi : j'ai compris au fil du temps combien tu maîtrisais bien tous les dispositifs auxquels notre situation parentale nous exposait. Avant chaque rendez-vous avec le juge, je parlais à Marie pour lui redire quelque chose que je jugeais juste. Je disais « Marie, si tu as quelque chose à dire, dis le au juge. Lui, saura en faire quelque chose, te protéger. Même si ces choses sont à mon encontre, exprime-les. Tu es la personne la plus importante au monde.



La pension alimentaire et toi. Te souviens tu qu'à force de saisir le juge, tu avais finir par faire réduire la pension alimentaire à 60,00 euros. Et qu'un jour, parce que Marie avait été malade alors qu'elle était en week-end chez toi ou en vacances, tu l'avais réduite à 10,00 euros pour te rembourser de tes frais de pharmacie. Te souviens-tu qu'au sortir des jugements, tu disais à Marie que tu avais bien fait « cracher son père » lorsque le juge avait décidé d'augmenter la pension alimentaire que je te versais. Je me suis posé 2 questions lorsque Marie m'a rapporté cela. La première était « Que pouvais-tu lui transmettre en faisant cela ? » Je parle de ce qui peut se transmettre entre un parent et un enfant ? L'autre question avait à voir avec la limite : « tout était-il permis Isabelle ? Te permettais-tu tout ce qui te venait à l'esprit ? Où était le curseur moral qui t 'aurait empêché de commettre tel ou tel acte ? ».

Tes responsabilités : je souhaite maintenant que tu aies à répondre de ce que tu as commis. Sais tu que l'on peut détruire un enfant, lui transmettre une structure dont elle aura du mal à se défaire. Sais tu faire preuve d'empathie, sais tu que les animaux font preuve d'empathie ? Sais tu te mettre à la place de Marie et te poser aujourd'hui la question de savoir comment Marie a bien pu vivre cela pendant votre vie commune et avec tout cela depuis ? Comment fait-elle et surtout comment peut-elle faire ?



Maintenant, mes questions si tu le veux bien.

Que réponds lorsque si je te dis savoir que tu demandais à Marie avant les jugements de ne rien dire contre toi et que tu la menaçais alors de la faire placer et que jamais plus alors elle ne te reverrait ? Le nies-tu ? Comment pourrais-tu alors contrôler cette parole ?

Que réponds-tu lorsque Marie adolescente a menacé de se suicider et que tu lui as proposé de l'accompagner ?

Que réponds-tu lorsque je te dis alors que Marie était enfant qu'il lui arrivait de vomir au téléphone lorsqu'elle te parlait et que tu l'obligeais alors à poursuivre ? Marie se vomissait dessus et tu savais exactement toi les raisons de ce vomissement. Tu te souvenais de cela ?

Que réponds-tu lorsque je te dis que j'aurais aimé que Marie soit là à l'enterrement de mon père, tu te souviens comment les 2 étaient proches, mais que cela n'était pas possible parce que mon père n'était pas mort le bon week-end ? Nous n'avions pas inclus la mort de mon père dans l'un de mes week-ends. Que réponds-tu lorsque je crie que même cela, ne compte pas pour toi ?

Que réponds-tu lorsque je te dis que tu as porté plainte contre moi pour harcèlement intellectuel, que le flic qui m'a reçu, c'était une femme m'a dit ne pas comprendre ce que cela signifiait, et m'a demandé pour quoi j'exerçais contre toi un terrorisme intellectuel. Elle avait fini par me dire que c'est parce que je ne laissais pas Marie t'appelait lorsque nous étions ensemble. J'avais alors récupéré les factures des téléphone qui faisaient apparaître que Marie avait cherché te joindre 3 fois dans la même soirée, puis le lendemain, puis le surlendemain encore sans succès à la fois sur ton fixe et sur ton portable. Oui Marie n'avait pas su te joindre mais elle avait laissé à chaque fois un message sur tes répondeurs te demandant de la rappeler.

Que réponds-tu lorsque j'évoque ce voyage à Nancy que vous avez fait ensemble Marie et toi Bordeaux-Nancy aller-retour pour permettre à Marie d'aller voir Hugo, son amoureux qu'elle n'a pas vu finalement, vous y étiez pour cela et rien que pour cela. Tu avais taxé Marie de folle parce qu'elle ne comprenait pas cette violence que tu lui infligeais et que tu menaçais de la faire interner, elle avait 16 ans, allait avoir 17 ans. Je n'arrivais pas à la joindre par téléphone, tu lui avais confisqué.

Que réponds-tu lorsque je te dis que Marie craignait que tu ne la tues ?

Que répondras-tu à Marie lorsque tu te retrouveras face à elle ? Que peux tu faire de tout cela ? Este ce que tu ne penses pas que c'est le moment de t'excuser ? Et de réparer ?



Pour conclure, je voudrais mourir à l'instant si aucun de ces mots est faux.

 

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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 14:48

Je déjeune avec G. à la barrière de Bègles à Bordeaux, pas loin de l'endroit où nous habitions. C'est amical. Nous ne sommes ni dans la distance habituelle, ni dans le projet amoureux et je ressens que cela nous fait du bien à tous les deux. On déjeune léger, puis on se sépare. Je suis chargé d'une valise assez légère, que je n'ai pas eu de mal à transporter jusque-là.

Et je m'apprête à aller prendre le train à environ 2 kms, je suis à pied, il fait beau. Je rejoins Marianne, je dois être en vacances comme maintenant parce que je ne suis mentalement encombré de rien. Pas un dossier qui traîne, une chose urgente que je n'aurais pas faite, ou que j'aurais volontiers laissé traîner.

Juste avant de nous séparer, G. insiste pour que je prenne le bus "pour gagner du temps", me dit-elle. Je sais que le bus part dans la direction opposée. Mais je ne m'oppose pas et je monte dans le bus.

 

Je suis de bonne humeur, et d'être dans ce bus, et de cette étape à laquelle nous sommes arrivés avec G. et de mon projet de rejoindre Marianne. Et évidemment le bus s'éloigne, rendant difficile la possibilité maintenant de me rendre à la gare dans les temps. J'arrête le chauffeur qui stoppe immédiatement et je décide de rebrousser chemin. 

Il fait beau toujours et j'ai la même gaiété.

Je remonte la rue de Bègles par le trottoir de droite, mon sac à roulettes pourtant est de plus en plus lourd, c'est le sac en cuir que Marianne m'a offert en médina. Tellement lourd que je ne peux plus progresser.

Je le traîne et m'arrête, je ne suis pas épuisé, il est juste trop lourd pour moi. Et je n'insiste pas, je me dis quelque chose comme "à quoi bon insister, je n'y arriverai pas ?".

Je suis arrêté à l'endroit exact où nous habitions, devant le n°302.

Il fait beau et je suis joyeux, j'ouvre mon sac. Mon sac est rempli de dossiers. Et décide de me délester d'une partie de cette charge. Je retire les dossiers un à un du sac. Celui-ci ne m'est pas utile, celui-là pas vraiment, celui-là peut rester là.

Un tas se forme sur le trottoir, comme un monticule qui s'élève. Je regarde au fond de mon sac, il est vide. N'y traînent plus que les choses habituelles, une gomme, des crayons, des stylos, post-it. Mon sac !

Tellement vide que j'envisage maintenant de le porter en bandoulière et de hâter le pas pour la gare. J'aurai le train et me réjouis de l'effort à fournir pour être dans les temps. 

Il faut beau et je me réveille immédiatement, il est 8 heures, Marianne est dans mes bras, je suis dans son dos. 

J'avais dormi d'un sommeil paisible.

 

 

 

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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 04:16

Madame,

 

Bof, j'aimerais bien commencer par quelque chose de gai. Je cherche. Délibérément. Commencer l'année par une note gaie, j'adorerais. Je ne retomberai pas dans l'accusation gratuite du courrier que je vous ai envoyé l'an dernier à la même époque et dans lequel je parlais de votre mari. Mon ami Alexandre le gitan avait essayé, en vain dans le quotidien Le Monde. Vous n'aviez pas répondu.

 

Je vous avais donné des nouvelles d'en bas. lettre à Carla B C'était une façon, comme si je le faisais avec la main, de détourner votre regard d'en haut pour l'orienter vers le bas. Regardez Carla, voulais-je vous dire, regardez de quoi souffrir est le mot.

 

Faites comme ces princesses de contes de fée qui se couvrent d'une peau d'âne pour échapper aux gardes de leur père, et aller voir de quoi est fait leur peuple. Avez-vous remarqué que dans les contes de fées, l'univers du pauvre et celui du puissant finissent toujours par se rencontrer. Soit que le pauvre accède à la richesse, soit que le puissant, souvent la fille du roi, tombe amoureuse d'un pauvre.

 

C'est chaud hein ? C'est impressionnant ! Non ? Et pourtant, ça ne mord pas. Et cela devient vertigineux quand on commence à comprendre que c'est comme vous, que ces gens d'en bas partagent avec vous, tout.

Juste : Tout. Et que d'un point de vue ontologique qui n'est que  

Un même corps, des mêmes besoins essentiels, des désirs de richesse, des envies de paix pour s'endormir, des gosses dont ils sont fiers ou pas. Des désirs. des drois fondamentaux, la possibilité de voter.

 

Et qu'alors on ne peut en parler que de la même façon que vous. Cet autre, vu den haut, est votre semblable, votre même. Vous êtes juste assignée, avec chance, à une autre place que la sienne. Vous avez hérité de votre place par le travail de voss aïeux, le crime de certains, le vol, le mérite aussi bien sûr.

 

Sans que quiconque n'interroge votre droit à occuper cette place. 

Mais pourquoi hériterions-nous d'une place que certains ont pu usurper ? Pourquoi cela va-t-il de soi pour chacun ?

On fait de l'héritage la chose la plus naturelle alors qu'elle est la plus injuste. Suis-je responsable de l'héritage que je reçois, que cet héritage  m'enrichisse ou m'endette et l'on peut ainsi évoquer tous les héritages.   

 

Me demande là ce que désigne "d'en bas"? Je vous parle des gens d'en bas, comme Pierre Sansot parlent "des gens de peu". Si les gens d'en bas étaient une pièce de la maison, laquelle seraient-ils ?

 

Pourraient-ils être une pièce de la maison ? Ou seraient-ils une trace ? Je ne sais pas. Et plus je réfléchis, plus l'idée même de pièce me paraît incongrue. S'ils étaient une pièce de la maison, les gens d'en bas seraient des miettes. Je vous passe la métaphore obscène qui vous installerait à table et ceux du bas sous la table.

Me revient ce que Laurent me racontait : "les gens d'en bas ne sont pas autorisés à faire les poubelles de Leader Price, les produits sont détruits avant d'être jetés". La France a ses intouchables. Pas ceux du film, ceux d'Inde. 

 

Alors qu'opposer à ces 2 misères, celle des personnes pauvres et celle des puissants qui ont poussé à l'extrême ce que les sociologues Bourdieu et Passeron dénonçaient dans les héritiers ? Ce livre, les héritiers, a sans doute pu émouvoir nos hommes politiques, en particulier  ceux de gauche, mais

 

On vit dans un monde d'héritiers et de non héritiers. Et celui qui hérite hérite de tout, le réseau, le capital financier, le lexique, les codes culturels, le capital culturel. Et celui qui n'hérite pas, hérite d'une autre culture mais qui le discrimine d'emblée.

 

A l'heure qu'il est, en ce tout début d'année, je ne sais plus quoi opposer. Je ne vis plus dans l'utopie. L'utopie s'éteint en chacun progressivement. Sauf peut-être chez certains, comme Marianne, qui souffrent cruellement, et ce dans leur corps, de cette infame injustice, dont vous n'êtes pas à l'origine certes, mais que vous contribuez à renforcer. Vous êtes devenus responsables le jour où vous avez cessé de penser collectivement. 

 

 

Aujourd'hui et encore pour quelques jours, André Sandre lit sur France Culture les lettres de Rilke à Lou Andréa Salome. Rilke, c'est l'auteur lumineux de Lettres à un jeune poète.  André Sandre lit des extraits de sa correspondance avec cette artiste peintre. C'est la seule chose qui m'apaise un peu avant de retourner au travail.

 

Bonne année Carla,

 

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4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 13:33

Bonne année 2010 à chacun !  

Une année aussi douce que ces badineries de Bach. L'homme à l'embouchure, c'est Eyal Ein-Habar. L'autre aux doigts et qui dirige habituellement l'orchestre, c'est Ariel Zuckermann. Le tout est fantastique : la virtuosité des 2 musiciens bien sûr, le visage d'Ariel Zuckermann, cet air réjoui qu'il nous offre, le regard des autres membres de l'orchestre, leur étreinte finale. La même impression qu'à la découverte par Jaad du Nessum Dorma de Pavarotti. Ecoute ça disait-il et moi je me remplissais de cet esthétique. Alors bonne année à tous, pleine de Bach et de Bobin.


 





National Flute Day Israel Philharmonic Orchestra Mann Auditorium, Tel Aviv, 2005
 
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