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blog de lanuitparle

Un truc où j'écris

 

vous êtes ... à avoir visité

25 décembre 2013 3 25 /12 /décembre /2013 19:43

Là, on est dans l'histoire de Blanche Neige, l'histoire de Blanche Neige, ce sont des hauts et des bas, c'est une histoire de montagnes russes. A sa naissance, elle est en bas, elle perd sa mère. Pendant sa petite enfance, elle est en haut. Elle est aimée par son père, une chouette petite princesse avec une robe qui tourne. C'est de là que vient l'expression "une robe de princesse". Une robe de princesse, c'est toujours une robe qui tourne. Et ça tourne toujours dans le sens des aiguilles d’une montre. A l'adolescence, la grande adolescence, quand elle a 16 ans, cela se gâte, on est dans le bas, le plus que bas. Elle s'est regardée dans le miroir et cet idiot de miroir, cet idiot de miroir qui ne sait pas mentir, il va tout raconter. Sans méchanceté, il va dire à la reine. "Ma reine, vous êtes très belle, mais la plus belle du royaume, c'est Blanche Neige".

On se souvient de la colère, on se souvient qu'elle missionne un 1er garde qui rejette l'ordre, un second qui accepte, bien en peine à commettre l'infâme "se débarrasser de Blanche Neige". On ne sut ce que devint le 1er garde. On se souvient de la supercherie du garde qui substitue le cœur d'une biche à celui de Blanche Neige. Et qui ramène ce cœur. "Tiens ma reine!" Et l'autre, le miroir qui recommence. Il ne pourrait pas la fermer çui-là. "Ma reine, vous êtes très belle, mais le plus belle du royaume, c'est Blanche Neige"


blanc

 

Pendant ce temps, c'est le bas, c'est le profond du bas, la fuite dans la forêt. C'est le bas abyssal, là où il n'y a plus de lumière, juste toutes les peurs des hommes. Comme au fond des mers. Et même là, au fond du fond, il y a une petite lueur, le truc qui fait encore courir.

Heureusement, elle court.

Elle court, elle court comme lorsque l'on a peur, on a mal au ventre, ça déchire le ventre la course, on existe aussi dans cette douleur. Cela brûle mais ça vit. Cela vit !

Elle court, elle ne se retourne jamais complètement pour voir si on la suit, mais elle se retourne un peu, le moindre arbre vu ainsi dans le rétroviseur lui fait craindre qu'on la suit.

Elle court jusqu'à la maison des nains, là c'est un haut, un très haut, ça sent le feu de cheminée, le linge propre, les assiettes rangées, ça sent le ragoût qui mijote à tout petit feu depuis plusieurs heures, cette odeur, c'est l'odeur de la famille. Cela sent bon la famille. C'est une famille d'hommes, des frères. Atchoum, Simplet, Grincheux, Dormeur, Timide, Prof, et un autre dont j'ai oublié le nom. Y'en a 7, pas deux pareil, pas deux différents non plus, 7 qui s'entendent comme des larrons en foire, comme des chiens et chats mais des chiens et chats qui auraient été élevés ensemble. Comme les tomates gorgées de soleil, juste cueillies, l'huile d'olive et une pincée de sel. Ils s'aiment ces 7 là. Alors ça roule, on est dans une maison qui roule. "Roule" ici veut dire qu'il n'y a pas de fausse note, c'est là qu'arrive Blanche Neige. Et ça va durer assez longtemps. Assez longtemps pour qu'elle cesse d'avoir peur. Ici, on l'aime.

Le miroir pendant ce temps continue ces bêtises. "Ma reine, et patati et patata". Alors, l'autre la reine devenue bouffie par la chocolade et la confiture de framboise entre dans une colère noire... "Il n'y a pas seulement Blanche Neige poursuit le miroir, mais il y a la fille du forgeron devenue plus belle aussi, celle du poissonnier, jolie comme un cœur. C'est vrai aussi de la cousine du chef de garde, venue s'installer au château. Bref, "il y en a du monde qui est plus belle que toi, ma reine".

La colère noire, alors. La colère noire, c'est une manifestation de soi qui fait du bruit, c'est le pire bruit de soi, qui vient du pire endroit de soi. La colère noire, c'est comme entrer dans un musée d'origamis avec des bottes toute crottées, lourdes et marcher d'un pas sûr sur les étalages pour attraper un stylo. C'est détruire la plus belle fabrique de l'homme, ce qu'il n'a construit qu'avec l'autre et à partir de l'autre. Les origamis sont des constructions collectives bien que les hommes qui ont construit ces origamis n'aient jamais été en présence, jamais ensemble autour d’une table s'entend. « C'est parce que d'autres l'ont fait avant moi que je sais en faire autant » se disent tous les amateurs d’origami.

Je commence là où l'autre s'est arrêté, où l'intelligence de l'autre m'a conduit...

Face à cette colère, à la promesse à venir de cette colère, Blanche Neige court, elle embrasse chacun des 7 nains Atchoum, Simplet, Grincheux, Dormeur, Timide, Prof, et un autre dont j'ai oublié le nom. Elle les embrasse sans y penser, elle pense juste aux premières centaines de mètres de sa course. Elle halète déjà. Elle transpire. Par où doit-elle s’enfuir ?

 

Elle court, elle court comme lorsque l'on a peur et que c’est la seconde fois. Elle court très vite, elle court comme avec des bottes de 10 lieux, une foulée et hop c’est 1 kilomètre qu’elle parcourt. Cela fume sous elle, c’est comme Vercingétorix, l’herbe ne repousse pas après son passage et comme elle est belle, ce sont des fleurs qui poussent dans l’empreinte de ses pas. Elle court 100 heures sans s’arrêter. Quand elle a soif, elle se jette dans les rivières et ouvre la bouche, y’a tout qui rentre ; des poissons, des cailloux, des choux, des hiboux. Ce n’est pas grave, elle recrache tout. Parfois, c’est sûr, elle oublie de recracher un truc, c’est pas grave elle l’avale.

 

C’est sûr, le miroir a du mal à répéter sa litanie parce que là, elle n’est pas franchement belle, Blanche Neige. Elle tape des pieds dans la rivière, elle tape des mains et elle se rend compte qu’elle avance et plutôt vite même. Elle tape des mains comme ci et comme ça, les bras tendus. Elle nage le crawl. C’est quelque chose qu’on ignore, mais c’est ce jour là, pendant ces 10 heures-là qu’elle a inventé la nage du crawl. La nage de la brasse, ce n’est pas elle qui l’a inventée, c’est la belle au bois dormant. Mais ça, c’est une autre histoire.

Donc Blanche Neige dans la rivière à 12°C, elle nage, elle se caille un peu bien sûr, mais elle nage « ça avance de mieux en mieux, de plus en plus vite » se dit-elle ; la rivière, c’est l’Arnoult, une rivière qui existe encore et qui se jette dans la Charente, elle nage maintenant dans la Charente, une eau boueuse qui se jette dans la mer à Port de Barques. Sa nage est plus fluide, elle tape moins des bras et des jambes, elle glisse mieux. Son coefficient de pénétration dans l’eau est excellent. Y’a même des types sur le côté qui crient "Allez Poupou". Plus vite qu'à vélo dans une descente. "Allez Poupou". Là, elle passe au large des côtes de la Charente Maritime. Mince un poisson, alors Glupp. Elle glupe des algues bien entendu, des coquillages, un albatros, vaste oiseau des mers. Et les glupés se marrent dans l’estomac de la belle.

La reine apprend que Blanche Neige a été vue à Port des Barques, les côtes du royaume étaient protégées ainsi, par d'anodins pêcheurs, de modeste condition, qui relevaient tout mouvement suspect avant d'en informer les émissaires de la reine. Les émissaires de la reine galopaient alors, parfois des jours et des nuits entiers pour porter l'information et arriver épuisés au pont levis du château et annoncer que Blanche Neige avait été vue aux larges des côtes de Port de Barques, il y a de cela 7 jours, le matin. Pauvre émissaire, souvent mal récompensé, qui porte une nouvelle annonciatrice de mort.

« Ma reine, un dit haleté, Blanche Neige, l'autre matin, à Port des Barques, un village reculé de votre royaume à l'embouchure de la Charente et de la mer».


La reine qui l'apprend ne s'en émeut pas, pas extérieurement s'entend. Elle est déterminée à retrouver Blanche Neige. C'est là l'autre expression de la colère noire, l'objet convoité prend toute la place, au détriment de tout sens. Elle perdrait sa beauté dans cette course effrénée, qu'importe ! Elle vieillirait plus vite de cet acharnement qui la ronge, qu'importe. Elle se perdrait, qu'importe ! Quitte à en mourir disait-elle ?

L'objet de la colère a pris toutes les places, la vie ne se réduit plus qu'à cette quête. Vivre est devenu rattraper. La colère aveugle, fait oublier que la vie se niche partout, sauf dans la colère. La reine court à son tour, vole, nage, fait ce qu'elle peut et le fait vite, plutôt vite et bien. Il est tard lorsqu'elle s'arrête au bord d'un fleuve, à St Savinien. C'est la Charente. Le village est à une quinzaine de kilomètres à vol d'oiseau, à 1 heure à vol de mouette. C'est ce qu'elle se dit lorsqu'elle sort de son sac de quoi se sustenter.

St Savinien s'est construit sur la rive droite de la Charente, tout le long. C'est un village obligé d'être beau, un village qui se fraie un chemin dans la colère, on est en colère et sa poésie chemine en soi et en cheminant, c'est le regard de soi sur tout qui se transforme, une inéluctable émulsion qui se fait presque malgré soi mais en soi. S'asseoir sur les berges de St Savinien, c'est comme lire Bobin, c'est comme apprendre à respirer pour la 1ère fois. Sa respiration d'adulte lorsqu'étendu sur le sol du salon, le professeur de yoga initie à sa 1ère respiration d'adulte. La pierre blanche de St Savinien, le bruit que fait l'épicier à ranger ses étales en annonçant les bonnes affaires du soir, le clapotis de l'eau douce. C'est fichu, toute cette colère, toute cette énergie s'éteint subitement, comme lors d'un panne d'électricité, plus rien. La colère gît là au sol, à côté de la reine. 

ph18 stsavinienLa reine est muette, subjuguée par l'or du soir qui tombe, d'autres sons qui ne lui sont jamais parvenus, sont audibles enfin; un hennissement, le son du dernier rayon de soleil qui s'attarde sur la façade claire de la plus haute maison et ces sons provoquent une fine houle sur la peau, l'émotion ourle. Aux sons s'ajoute le frisson du soir, j’ai froid se dit-elle, elle fait pour la première fois l’expérience du froid. Cela signifie qu’il faut rentrer maintenant. La reine se lève, elle est à 15 kms de Blanche Neige, se met à souhaiter qu'elle ne soit jamais rattrapée par la reine, elle en oublie que la reine, c'est elle et que nul ne pourra plus empêcher Blanche Neige d'être à l'heure avec elle-même. Il n'est pas tard mais il est un peu froid. La reine se met en marche, cherche un tricot, n'a pas de tricot, une drôle de marche triste, gaie, lourde mais légère. Une marche de contrastes qu'il faut bien se coltiner. La reine a rendez-vous. Ce qu'elle a cru être son besoin était son empêchement.

Blanche neige, elle, traverse l’Atlantique, c’est long. Elle est arrivée à un point d'équilibre, c'est une nage en aérobie.

Maintenant, c’est une plage. Le sable, c’est pénible à recracher, on est obligé de faire pff et pff et pff encore en allongeant les lèvres, on ressemble à rien, on a la bouche en cul de poule. Blanche Neige a fini de fuir, elle avance pleinement. Elle a couru une nuit de plus. Maintenant, c'est l'aube. Enfin, c'est pas l'aube, c'est avant. Moment de négociation. Cela chuchote entre chiens et loups, ça se chamaille sur les petits riens, la nuit négocie pas à pas, c'est un champ de batailles cet avant aube. Quelle aventure que ces seuils à franchir. Champs de bataille entre ombre et lumière, sons et silence. Pas encore l'énergie du jour et pourtant c'est en cours. Cela ouvre les yeux, ça s'ébroue. On entend le frottement des paupières, ça s'ébroue dans l'initime des couches. Lèvera, lèvera pas ? Lèvera bien sûr mais ça se fait prier. C'est d'abord un souffle, des frémissements, c'est épais l'avant aube. Pas du murmure encore, un souffle, des frémissements, un geste délicat. Blanche Neige a couru en chaussons tout le long de cette négociation, moins vite donc. Elle a pris le temps de s'y faire. C'est tellement, un jour qui se lève ! Une course à la foulée plus ample. Doucement ma belle. Blanche Neige a rendez-vous.

 

Bien sûr elle sait où elle va, elle va tout droit. Toujours tout droit. Les rendez-vous avec soi-même, c’est tout droit. Les arbres, les forêts, les trucs, les machins. Allez hop tout droit. Elle a épuisé les chevaux, franchi les déserts, parcouru les mers. On est à la 59ème minute de la dernière heure. Elle fait fissa. Ça s’égrène dans sa tête.

Sa course s’est ralentie, elle a pris le temps de se rafraîchir un peu sous un orage d’été, s’est mirée dans l’eau d’un étang à l’occasion d’un éclair, s’est séchée avec un alizé. L’ombre du château s’impose à elle dans le très loin. Ses bottes de 10 lieux l’y conduisent. Elle change de saison une fois de plus. Un second orage la cueille et l’accueille, un orage froid d’hiver.

 

Elle se hisse, çà colle sous les doigts, c'est le caramel qui a servi à fixer entre eux les choux, de délicieux choux à la crême. Le premier rang de choux se gravit vite, le second aussi, le reste de l'ascension est plus hasardeux, et puis il y a le vertige. C'est haut. Elle y est presque, un petit socle de bois l'attend, ho hisse, la saucisse, se chuchote-t-elle entre les dents. Elle tracte sur les bras, ça fait les muscles, elle s'arrache à la fatigue et à la pesanteur. Ayé, elle est en haut. Toute fière en haut de la pièce montée. 

 

Fichu le brushing, Blanche Neige est à l’heure !









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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 10:45

Quand le vieil homme arriva à la fin de son long chemin de vie et qu'il fut temps de se poser pour regarder, il entendit son nom, le bruissement assourdissant de son nom.
"Hé Marcello" dit par des dizaines d'enfants différents dans la cour de l'école. Comme le pépiement de milliers d'oiseaux.

"Marcello", celui de sa mère au réveil. Marcello, dans la bouche de sa mère encore, pour le faire rentrer les soirs d'août après qu'il eut joué dans les champs, dans les rues, dans les grottes, dans les forêts de Pont l'Abbé, ça tintait quelques minutes après la cloche du village. 

Suivi de peu par le "Oh non Marcello », des copains dépités de le voir rentrer.

"Marcello", celui du maître qui grondait. M. Chabaneix surtout.
 
"Allez Marcello", celui dit par son père, depuis les tribunes des terrains de foot mais à d'autres moments plus précis où l'on ne peut que se retrousser les manches pour y aller, même si la décision vient d'autres. Au collège par exemple. Le premier matin au collège, le premier jour de l'internat alors.  

Et à ce moment quand il fallut aller à la maternité la première fois pour y accueillir Marie.

"Allez Marcello", cet encouragement comme un coup de pied aux fesses qu'il sut se dire à son tour lorsqu'il fut seul et que la vie l'amena là où rien d'autre n'est possible que d'y aller. Allez Marcello.
 
"Oui Marcello", celui de Lise, sa femme à l'église qui lui avait répondu à lui plutôt qu'au prêtre. Qui se mariait avec lui devant Dieu.
 
Un bruissement de Marcello joyeux. Il avait été ce Marcello là.

Puis les amis s'étaient faits moins nombreux et la musique de Marcello s'était faite plus sérieuse. « Tu es trop dur en affaire » lui avait-on dit sur le ton du reproche. Avant de s'entendre dire « Marché conclu Marcello ».

"Courage Marcello" lorsqu'il lui était arrivé d'en manquer dit par Lise pour l'aider à trouver la paix avant l'endormissement. "Marcello" quand elle l'accueillait en elle.
 
Et puis d'autres façons de l'appeler. P'Peu, répétés à l'infini dans le gazouillis de l'âge. P'Peu, P'Peu, les deux syllabes bien distinctes dans la bouche de sa fille. « Papa » quelques mois plus tard, un « papa » aux sonorités plus claires encore quelques mois plus tard dit les yeux dans les yeux par une enfant de 18 mois. Un papa qui l'avait fait père et ne l'avait jamais plus quitté, qui s'était manifesté il y a quelques heures.
"Ca va papa ?" au téléphone tout à l'heure.

Oui chérie, ça va, ça va bien même et puis tout bas, dans sa moustache qu'il n'avait pas "C'est juste que c'est le moment d'y aller". De terminer ce long chemin de vie qu'il avait tant aimé.

Il avait aimé aimer, aimé avoir froid, aimé se coucher tôt, avoir peur, se coucher tard, sentir l'eau dans son gosier, se soulager après avoir eu tant envie de pisser, de boire, de manger, entendre sa femme jouer du piano, voir sa fille rentrer avec des fleurs.
Il avait aimé s'être tant inquiété pour ses filles, aimé avoir été rassuré tout autant, parfois après de longues années, aimé les savoir dormir pendant les quelques minutes qu'il s'octroyait parfois dans leurs chambres quand la maison respirait la douce quiétude de ceux qui aiment et se savent aimés. Il avait aimé aimer. Il avait aimé les aimer.

"Eh papa", "Eh Chérie". "Eh Marcello". La vie lui offert ce nom et toutes ses musicalités. Il avait aimé porter ce nom et tout ce que ce nom lui avait apporté d'amis.   

La vie lui avait tout offert, plusiseurs fois. Le meilleur et le pire. Parfois au même endroit.

"Eh Marcello !" C'était son grand-père maintenant qui lui tendait la main. "Allez Marcello, c'est le moment" entendit-il son père l'encourager.

"C'est donc ça le moment ?" se dit Marcello dans une phrase imponctuable entre l'interoogation incrédule et le constat.
 
Alors Marcello rassembla tout l'amour qu'il avait reçu et qui soignait tant son coeur, comme on ramasse le fouillis épars tombé d'un sac,
regarda les siens disséminés dans le temps de sa vie et la géographie du monde, les remercia.
En les remerciant, c'est Dieu qu'il remerciait. Ils avaient été Dieu. Il souhaita du fond de son âme que chacun reçoive autant qu'il avait reçu d'eux, se doucha, se rasa, mit une chemise et un pull propre, sa jolie veste marron, il la brossa et s'en alla. 

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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 09:25

film d'animation réalisé par Marianne Fleury-Deutsch, j'ai écrit le texte après que les premières images aient été tournées

 

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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 09:27

Le lion avait trop faim !

 

Qu'il vit triste celui amasse, c’est ce que nous allons voir.

 

C'était en Afrique.

 

Cette année-là, la savane africaine souffrit la pire sécheresse. Le sol brûlait les pieds, même ceux des insectes, les oueds étaient à sec, même les plus fournis, les feuilles des arbres tombaient, même celles des arbres persistants.

Que l’on soit homme, animal ou végétal, tout le monde souffre ces années-là. Alors, on se terre.

  

La sécheresse durait depuis plusieurs semaines, lorsque les animaux décidèrent de tenir conseil sous l’arbre à palabres. Ce fut à la tombée de la nuit. Les arbres à palabres sont ces lieux où la pensée de chacun, une fois exprimée, fabrique de la sagesse. Les premières minutes passèrent à se plaindre de la chaleur et de la faim et ce fut normal. On avait-là un représentant des animaux de chaque taille.

Une fourmi représentait les « tout-petits »,

une souris les « petits »

un lapin les « petits-moyens »,

un renard les « moyens »     

            et un lion les « gros ».

« Il reste bien quelques réserves de l’été dernier », c’est que dit le vieux sage. « Reste à en organiser le partage ». On débattit longtemps avant de se mettre d’accord.

Il fallait priver les « tout-petits » de manger. C'est ce que proposa le lion. 

On jugea qu’on gagnerait peu à les priver. L’estomac de la fourmi est si petit.

Les « petits »  alors ? proposa le lion

On jugea que là aussi, on gagnerait peu. L’estomac de la souris est à la mesure de sa taille. 

Les « petits-moyens » alors ?

Là encore, on gagnerait peu.

Personne ne proposa que l’on privât les moyens ni les gros, bien que chacun le pensât. Personne ne le proposa de peur qu’on ne le mangeât. 

 

La nuit était bien avancée, une nuit sans fraîcheur, lorsqu’on se mit d’accord.

Chaque jour, la fourmi se nourrira la première, puis la souris, puis le lapin, puis le renard et enfin le lion. Ainsi, chacun prélèvera ce dont il a besoin. Juste ce dont il a besoin et alors on attendra les jours meilleurs. C’était là, la solution la plus juste. Commencer par le lion n‘aurait pas garanti que les plus petits mangeraient.

Et l’on fit, comme on avait dit dès le lendemain, et le lendemain encore. Chacun laissait une écuelle propre, c’est ce que l’on avait décidé, parce qu’un autre mangeait après lui.

Certes, on avait faim mais c’était plaisir que de faire cet effort pour chacun. Et le temps s’écoulait, plus doux, vers des jours meilleurs.    

 

Cela dura quelques semaines, jusqu’au jour où la fourmi se présenta, à son heure, devant l’écuelle, l’écuelle était vide. Puis vint la souris qui fit le même constat, et un peu plus tard le lapin. Vide, pas le moindre grain. Le renard, pourtant rusé, ne trouva rien non plus. Vide.

Tous, effarés, décidèrent d’aller prévenir le lion. Le lion dormait dans sa tanière, le ventre plein. Le lion avait mangé et bien mangé la pitance de chacun.

   

On ne fit rien contre lui. Que faire contre le fort au ventre plein si ce n’est de prendre le risque de mourir un peu plus. Et comme on ne pouvait faire rien faire contre, on fit ensemble. On chercha le moindre grain et on entassa. Ce fut dur, le plaisir s'était déplacé. On prenait plaisir à faire ensemble. Et on constitua, patiemment, de modestes réserves, modestes mais suffisantes, même tout justes. 

Et cela permit de traverser la sécheresse. 

Ce fut la fourmi qui remangea la première, puis la souris, puis le lapin, enfin le renard. On laissait l’écuelle propre.

 

On s’était fait ami avec des animaux que l’on fuyait jusqu’alors.

 

La sécheresse cessa avec la pluie, une pluie généreuse, fertile. La savane finit par reverdir. sans hésitation. Du jour au lendemain, hop, la ie revenait au galop.

 

On ne sut jamais ce que devint le lion, on le vit errer longtemps le ventre plein et le sourire aux lèvres. Puis perdre son sourire bien que son ventre restât plein.

 

On sut aussi que la fourmi, la souris, le lapin et le renard, au ventre moins plein, gardèrent le sourire. Longtemps! 

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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 20:44

Il est parfois bien triste que le plus fort se serve le premier, c’est ce que nous allons voir.

C'est en Afrique. Cette année-là, la savane africaine souffrait de la pire sécheresse qui soit. Le sol brulait les pieds, même ceux des insectes, les oueds étaient à sec, même les plus fournis, les feuilles des arbres tombaient. Celles des arbres persistants aussi.

Que l’on soit homme, animal ou végétal, tout le monde souffre ces années-là. On se terre, on se replie.

La sécheresse durait depuis plusieurs semaines, lorsque les animaux décidèrent de tenir conseil sous l’arbre à palabres. Ce sera à la tombée de la nuit. Les arbres à palabres sont ces lieux où la pensée de chacun, une fois exprimée, fabrique de la sagesse. Les premières minutes passèrent à se plaindre de la chaleur et de la faim et c'est normal. On avait-là un représentant des animaux de chaque taille.

Une fourmi représentait les « tout-petits »,

une souris les « petits »

un lapin les « petits-moyens »,

un renard les « moyens »     

            et un lion les « gros ».

« Il reste bien quelques réserves de l’été dernier », c’est que dit le vieux sage. « Reste à en organiser le partage ». On débattit longtemps avant de se mettre d’accord.

Fallait-il priver les « tout-petits de manger » ?

On jugea qu’on gagnerait peu à les priver. L’estomac de la fourmi est si petit.

Fallait-il priver les « petits » ?

On jugea que là aussi, on gagnerait peu. L’estomac de la souris est à la mesure de sa taille. 

Les « petits-moyens » alors ?

Là encore, on gagnerait peu.

Personne ne proposa que l’on privât les moyens ni les gros, bien que chacun le pensât, de peur qu’on ne le mangeât. 

 

La nuit était bien avancée, une nuit sans fraicheur, lorsqu’on se mit d’accord.

Chaque jour, la fourmi se nourrira la première, puis la souris, puis le lapin, puis le renard et enfin le lion. Ainsi, chacun prélèvera ce dont il a besoin. Juste ce dont il a besoin et alors on attendra les jours meilleurs. C’était là la solution la plus juste. Commencer par le lion n‘aurait pas garanti que les plus petits mangeraient.

Et l’on fit, comme on avait dit dès le lendemain, et le lendemain encore. Chacun laissait une écuelle propre, c’est ce que l’on avait décidé, parce qu’un autre mangeait après lui.

Certes, on avait faim mais c’était plaisir que de faire cet effort pour chacun. Et le temps s’écoulait, plus doux, vers des jours meilleurs.    

 

Cela dura quelques semaines, jusqu’au jour où la fourmi se présenta, à son heure, devant l’écuelle, l’écuelle était vide. Puis vint la souris qui fit le même constat, et un peu plus tard le lapin. Vide, pas le moindre grain. Le renard, pourtant rusé, ne trouva rien non plus. Vide.

Tous, effarés, décidèrent d’aller prévenir le lion. Le lion dormait dans sa tanière, le ventre plein. Le lion avait mangé et bien mangé la pitance de chacun. Que peut-on faire contre un lion ?

 

On ne fit rien contre lui mais on fit ensemble. On chercha le moindre grain et on entassa. C'était dur mais c'était plaisir que de faire ensemble. Et on constitua, patiemment, de jolies réserves qui permirent de traverser la sécheresse. C'est la fourmi qui mangeait la première, puis la souris, puis le lapin, enfin le renard. On ne sut jamais ce que devint le lion. On sait juste aujourd'hui que dans un petit coin de savane, vivent en harmonie la fourmi, la souris, le lapin et le renard.

 

   

 

 

 

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23 avril 2010 5 23 /04 /avril /2010 15:05

Un jour, la nature fit si mal les choses qu’elle fit naître une poule dans la niche d’un chien, un chien dans le nid d’un aigle et un aigle dans un poulailler. Personne ne le sut. Pas même la poule, pas même le chien, et encore moins l’aigle.

 

On s’entêta longtemps à vouloir faire aboyer la poule, à faire glousser l’aigle et à faire voler le chien. On s’éraya la voix, on tomba souvent et on souffrit beaucoup. On eut des bleus, des bosses, des creux et des blessures à l’âme. On s’entêta longtemps mais ce fut peine perdue. Tous étaient épuisés et avaient fini par se faire moquer.

Alors Dame Nature regarda de plus près cette cacophonie et comprit son erreur.

 

Elle mit la poule dans le nid de l’aigle, le chien dans le poulailler et l’aigle dans la niche du chien. Ainsi ce serait mieux. Puis, elle oublia. On s’entêta longtemps à faire voler la poule, à faire glousser le chien et à faire aboyer l’aigle. On s’éraya la voix et on tomba souvent, et on souffrit beaucoup. On eut des bleus, des bosses, des creux et des blessures à l’âme. On s’entêta longtemps mais ce fut peine perdue, tous étaient épuisés et avaient fini par se faire moquer. Se faire moquer, ça va un temps. Alors Dame Nature regarda de plus près cette cacophonie et comprit son erreur. La seconde.

 

Elle mit la poule dans le poulailler et ce fut bien, ça gloussait, ça piaillait, ça picorait des grains et ça se réjouissait d’être enfin soi. Elle mit le chien dans sa niche et ce fut bien aussi, ça aboyait, ça jappait, ça mordait parfois bien sûr, ça faisait le chien surtout et ça se réjouissait d’être enfin soi. Enfin, elle mit l’aigle sur la falaise et ce fut majestueux, cet aigle qu’on avait pris pour une poule volait, planait, chassait, était libre enfin et s’en réjouissait.

 

Dame Nature sourit devant la beauté de ces êtres et comprit à la fois que nul ne pouvait être quelqu’un d’autre que soi et qu’être soi prenait parfois bien du temps.

 

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4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 19:29

pour poursuivre la réflexion sur la dignité, voici une autre proposition de contes. J'aimerais bien votre avis. Est ce qu'il fonctionne ? Qu'est ce qu'il faut y changer. Le conte Comment la dignité a à voir avec un homme tombé sur la tête fera bien l'objet d'un film réalisé par les enfants (les plans séquences ont été rédigés). Place au tournage. Et sera traduit en darija (arabe vernaculaire parlé au Maroc). Reste plus qu'à trouver un illustrateur.

 

Avant la loi, chaque homme avait usage de faire ce qu’il voulait quand il était chez lui à condition qu’il reste poli et que ça ne fasse pas de bruit. Et c’était heureux ! De quoi se mêlait-on autrement ? Et chacun s’en satisfaisait.

 

Et chacun de faire ce qu’il voulait, avec sa femme, ses enfants, sa bonne et son chien. Surtout avec la bonne. Cela dura longtemps et c’était bien. Tout le monde était heureux sauf les femmes, les enfants, les chiens et les bonnes. Surtout les bonnes. Mais chacun oui, était heureux. Le roi était content.

 

On profita tellement bien de ce droit qu’il arrivât un jour que cela gênât certains. Certains allèrent voir le roi. « On fait trop de bruits chez chacun et en particulier à côté de chez moi, lui dirent-ils. Surtout les bonnes. » 

 

Le roi hésita longtemps. Quelle loi pourrait bien faire taire les unes et les autres ? Surtout les unes. Il réunit ses conseillers.

- On ne peut pas au nom de la liberté individuelle interdire aux bonnes de crier, ni de pleurer dirent les conseillers.

- C’est vrai dit le roi. Le roi était très attaché aux libertés individuelles et à la liberté d’expression. Lui-même était une liberté individuelle.

 

Alors, on fit voter la première loi. Cette loi disait : « Chaque homme a le droit de faire ce qu’il veut chez lui à la condition que cela ne gêne pas les voisins. On en voulut beaucoup aux bonnes. » On fut obligé de mieux fermer sa porte.

 

Cette période dura longtemps et c’était bien. Tout le monde était heureux. Sauf les femmes, les enfants et les chiens. Le bruit des bonnes s’étouffait contre les murs, on en déduisit qu’elles aussi étaient heureuses. 

 

Tout eût été parfait si l’on n’avait pas été confronté à une autre nuisance. Certains allèrent voir le roi. Les bonnes de chacun et en particulier, celles de mes voisins, osent sortir le visage tuméfié lui dirent-ils. Et ce n’est pas sans gêner l’ordre public.

Le roi hésita longtemps. Il était très attaché à l’ordre public, lui-même représentait l’ordre.

Quelle loi pourrait bien cacher ces blessures de femmes ? Il réunit ses conseillers.

- On ne peut pas troubler l’ordre public impunément, dirent les conseillers.

- C’est vrai dit le roi.

 

Alors on fit voter la seconde loi. Cette loi disait : « Chaque bonne ne peut sortir de chez son maître avec le visage tuméfié qu’à la condition de se cacher. » Et c’était heureux.

Et chacune prit l’habitude de se cacher. Se taire et se cacher, chacun s’en satisfit. Sauf les bonnes.

Chacun s’en satisfit jusqu’au jour où la fille du roi alla voir son père.

 

L’enfant : « Père, pourquoi les bonnes se taisent-elles toujours ? » 

Son père lui expliqua les plaintes, les conseillers, la loi.

L’enfant : Tes conseillers sont-ils tous des hommes ?

Le père : Oui

« Ah » dit l’enfant. 

Les deux se turent et ça dura.

 

Puis l’enfant rompit le silence : « Père, pourquoi les bonnes sortent-elles toujours voilées ? »

Son père lui expliqua les plaintes, les conseillers, la loi.

Et les uns et les autres sont-ils plus heureux ainsi ? demanda l’enfant.

Oui dit le roi, je n’entends plus les plaintes.

Ah ! dit l’enfant.

Les deux se turent et ça dura.

 

C’est l’enfant qui rompit le silence encore. Te souviens-tu de cette femme sourde et muette, si douce pourtant, qui t’avait proposé d’être ma nourrice ?

Tes conseillers ne t’avaient-ils pas invité à la recruter ? 

Qu’avais tu dit alors ?

Le roi se souvenait. Je ne pouvais la prendre à ton service dit-il parce qu’elle n’aurait pu entendre tes plaintes, ta faim, ta soif et y répondre.

Aurais-je eu moins faim si elle ne m’avait pas entendu ?

Le roi se tut, il comprenait.

 

L’enfant encore : Te souviens-tu de cet homme aveugle à qui tu avais accordé l’hospitalité pour quelques jours. Tes conseillers n’avaient-ils pas proposé qu’on l’hébergeât dans une étable parce qu’il ne pouvait voir l’état décrépi des murs ? Qu’avais tu dit alors ?

J’avais répondu que le respect était un droit inaliénable et qu’on ne pouvait en priver quiconque sous prétexte qu’il ne sut en user. Et qu’avais tu fait alors ?

Le roi se tut. Sa fille lui parlait des bonnes et il le savait.

 

Resté seul, le roi réfléchit longtemps, refusa tout conseil. Quelque chose se formait en lui, quelque chose qui avait à voir avec la justice du monde, avec la rotondité de la terre, avec la cupidité des hommes et la beauté des femmes, quelque chose qui ferait fi des usages sociaux.  

 

Il rencontra des hommes et des femmes, pas seulement les conseillers dont c’était le métier.  

 

Alors il fit voter une troisième loi qui remplaça les autres. Cette loi disait : « Toutes les femmes et les hommes sont égaux en droit et aucun ne peut exercer sur l’autre une action qu’il jugerait indigne pour lui-même».

 

Et c’était heureux. On rouvrit les portes, se montra à nouveau. Conseiller ne fut plus un métier. Et le soleil recommença à briller pour tous et non seulement pour chacun. 

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17 mars 2010 3 17 /03 /mars /2010 18:08
Pour illustrer un travail sur la dignité, mené à Rabat (Maroc) par l'artiste Corine Troisi en lien avec l'Institut français, voilà le conte que nous avons imaginé. Il devait à la fois dénoncer l'injustice dans le domaine privé (le scandale des petites bonnes) et ne pas discriminer explicitement. N'hésitez pas à laisser votre avis. Le conte deviendra un film d'animation illustré par les enfants de l'école française et sera joué par les enfants d'une école marocaine.

Comment la dignité a à voir avec ...

Un homme avait une fille, un chien et un serviteur. Il chérissait la première, nourrissait trop le second et battait le troisième. C’était là sa façon de faire.
La fille bien aimée ne mangeait jamais à sa faim et enviait le chien. Le chien trop nourri manquait de caresses et enviait la fille.
Nul n’enviait le serviteur qui enviait chacun et manquait de périr chaque jour sous une avalanche de coups. Un jour cet homme tomba sur la tête et tout se mélangea dans son esprit. Il ne savait plus qui chérir, ni battre et encore moins qui nourrir.

Il demanda au premier qui entra dans sa chambre. C’était le serviteur. Le serviteur lui dit, « Nourris moi, chéris ta fille et bats ton chien ». L’homme en parut étonné et s’apprêtait à agir ainsi lorsque sa fille apparut.

« N’écoute pas le serviteur, lui dit-elle. Tu n’y es pas du tout. Nourris moi, chéris ton serviteur et bats ton chien ». L’homme en parut étonné et s’apprêtait à agir ainsi lorsque son chien apparut.

«N’écoute pas ta fille, lui dit-il. Tu n’y es pas du tout. Chéris moi, nourris ton serviteur et bats ta fille ».

L’homme hésita longtemps. Très longtemps. Et finit par aller voir le sage. « Afin de ne pas te tromper, offre le meilleur à chacun lui suggéra celui-ci. Et ainsi le monde tournera plus rond ». L’homme rentra chez lui, jeta son bâton, prépara un bon dîner, dressa la table et y invita sa fille, son chien et son serviteur. Et jamais plus on ne mourut de faim, ni ne manqua d’amour, ni ne fut frappé dans cette maison.
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14 mars 2010 7 14 /03 /mars /2010 12:16
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Moi je prends la photo.

On a conté à la Villa des arts de Rabat, hier. 9 conteurs, 3 par site, des contes venus du monde entier, en français et en darija, les noms des espaces de la Villa font rêver; musée éphémère, musée virtuel, villa du parc, villa sur cours. Le lieu est immense, une architecture plus mauresque qu'orientale, comme si l'on avait laissé le soin aux architectes d'imaginer le lieu en s'inspirant de l'Orient, mais sans y coller à tout prix. Les améngaments font donc place à l'art.
Dans le jardin, des fontaines, parfois d'influence asiatique, de l'eau qui bruit entre des pierres aux formes assez géométriques, là c'est au sol, d'autres fois des fontaines verticales à la française. J'aime moins. La beauté du lieu est soulignée par le soleil. Il pleuvait depuis plusieurs semaines et la pluie s'est arrêté la veille.
Ce sont les conteurs de l'atelier d'Amal qui content. Amal a fait de son atelier un lieu à géométrie variable. Peuvent y conter les ami(e)s, ceux qui participaient à l'atelier avant et ont dû quitter le pays pour raisons professionnelles et sont revenus juste le temps de quelques jours. C'est le cas de Sophie, une autrichienne qui vit à Berlin. Beaucoup de sérénité dans cet atelier, chacun fait ce qu'il peut a-t-elle coutume de dire. Sans doute pour ça que chacun fait plus que ce qu'il pouvait. Je pense à cette phrase de Ricoeur lue hier matin "Croire que je peux, c'est déjà être capable".  
On est prêt. La classe de M, conte l'histoire du Gruffalo, ce conte adorable qu'on rêve tous d'avoir écrit. Il laisse à chaque fois le même air réjoui sur le visage de ses auditeurs. Il raconte l'histoire de la souris qui déjoue dans la forêt les pièges que lui tendent 3 de ses prédateurs rencontrés les uns après les autres (le hibou, le renard et le serpent), affirmant avec conviction qu'elle attend son ami le terrible Gruffalo, le monstre terrifiant qu'elle décrit avec force détails. Jusqu'à ce qu'elle le rencontre vraiment, alors qu'elle avait imaginé ce personnage, ignorant qu'il existait vraiment.

On trouve assez facilement l'histoire sur le net. Les enfants sont là 1 heure avant, M a marqué au sol le déplacement des enfants, les parents sont là à filmer les répétitions. Les enfants sont en moyenne section maternelle et ils content dans un lieu qu'ils ne connaissent pas devant une centaine de personnes et ça marche. La narratrice, Camélia, 4 ans et demi joue son rôle à merveille, allant jusqu'à reprendre les enfants qui entrent en scènes très tôt. "Attends, mets toi là, j'ai pas fini mais le disant doucement pour ne pas être entendue par les spectateurs.
Puis Driss, un adulte cette fois, un conte en Darija, c'est l'arabe vernaculaire parlé ici.
Enfin, c'est mon tour, On joue Bach. Je repense à Manu qui me dit qu'il est énorme ce conte. Besoin de m'isoler.  
Le même stress qu'avant une compétition de judo, le même sentiment qui dit "j'ai peur mais je ne lacherai pas" et l'envie forte d'y aller, enfin me confronter à un public nombreux, adulte et dans un cadre un peu formel. Je me répète les mêmes phrases, je suis prêt, faire du mieux que je peux, prendre du plaisir, ne rien regretter. Je respire de la même façon. Et j'y vais. Les mots du judo, c'est comme une baston. Et qu'est ce que ça fait du bien.

Ca dure une demi-heure. 
Une centaine de personnes de tous les âges, ça ne bronche pas, bouge très peu. Tous écoutent cette histoire, les calages musique ne fonctionnent pas parfaitement, c'est à moi de la lancer la prochaine fois, De plus, je ne m'appuie pas suffisamment sur l'idée très structurante pourtant de tableaux. Le conte peut se dire en 9 tableaux.
Mais je me bats. Et je vais chercher les gens du fond. Je m'étais rendu compte de ça lorsque j'avais conté pour la première fois dans le cadre de l'atelier d'Amal. Je veux que les gens me suivent.
Et comme je vais chercher les gens du fond, ma voix se fait plus forte. 
M l'a remarqué, je les regarde, m'adresse à eux, je leur dis "allez viens dans mon histoire", la qualité d'écoute est bonne. Petits et grands s'y retrouvent. Puis c'est la chute, Alexandre quitte le cirque, y laisse son nom et part avec le lion, il s'appellera Alexandre Romanès. Les gens applaudissent pas mal me semble-t-il mais je me trouve nul. Envie de ma cacher. Des enfants viennent me faire des bisous, plusieurs personnes me complimenter dont Catherine DW dont l'avis m'était assez précieux. Une maman aussi dont les mots sont trop forts. Bien mais peut mieux faire, besoin de ces appréciations  scolaires qui montrent le chemin. Je sais un peu mieux à chaque fois le chemin qui me reste à parcourir et je sais aussi que ce chemin est sans fin. Au moins toucher parfois au sentiment d'être satisfait de moi, comme lorsque j'avais conté à Al Mansour devant Manu. Bruno m'avait prévenu, tu ne seras pas toujours bon, tu le seras rarement peut-être. Je pense souvent à cette heure passée chez lui à me faire conseiller. 
 
On en parle plus tard devant une bière avec Dominique qui  a conté dans un autre atelier et a assisté au mien. Elle dit "ton entame est tirée par les cheveux", demande ce que vient faire Rostropovitch et le mur de Berlin ? "Passe directement à l'arrivée du cirque dans le village" conseille-t-elle. Et encore "Ta chute est trop faible par rapport à la force de ton texte, reprends ta chute !" Je prends ces conseils comme une injonction. Pas seulement parce qu'ils viennent d'elle, mais parce que le regard sur le conteur est toujours bienveillant. J'apprécie ces regards qui font grandir.
Elle parle de la force du texte, de mon engagement. "Ne lâche pas". "T'es bon là, y'a un truc". Quelqu'un qui ne s'emmerde plus à tourner autour du pot. J'aime beaucoup sa voix éraillée. Même la bière à ce moment-là j'apprécie alors que je ne prends plus de plaisir à l'endroit de la bière. Envie de thé plutôt. Et puis la proximité de M.  
Dominique dit aussi, "tu es trop sévère avec toi-même". 

Je veux conter.
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13 février 2010 6 13 /02 /février /2010 07:37
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1. Préalables au conte : Le conte a été écrit après la rencontre avec Alexandre Romanès. C'est le fondateur du cirque tsigane Romanès. Arte lui a consacré un reportage de 52 minutes en 2000, le quotiden "le monde" de nombreux articles.
C'est un conte difficile pour les enfants dans la mesure où il les transporte dans des temporalités différentes. Et pourtant il fonctionne.  A deux reprises, on demande aux auditeurs de fermer les yeux, au début du compte et pendant les numéros du cirque. 
Nous tenions à associer Bach, Rostropovitch, le mur de Berlin, l'univers du cirque et Alexandre Romanès. Alexandre nous raconta qu'il avait joué Bach dans la rue et dans les églises après son départ du cirque familial Bouglione.
Les contes sont toujours écrits à 2. On construit la trame avec M, je lui soumets une ébauche d'histoire. Et l'échange commence sur cette base là. Ou elle me dit un conte traditionnel et nous lui ajoutons une nouvelle intrigue. Est-ce qu'il y manque des choses ? Quels sont les problèmes à résoudre ? Ici dans "on joue Bach", les problèmes posés dans la situation initiale sont de 2 ordres; la place d'Alexandre le fils dans le cirque et l'évasion du lion.  

Le mur de Berlin est prétexte mais il permet un parallèle entre la ville de Berlin et le village où les gitans arrivent. Les gitans d'un côté que l'on accuse d'avoir laissé fuir le lion, les villageois de l'autre.
Aparté sur le mur de Berlin (réalisée à partir de l'exposition proposée par le mémorial de Caen). Il est construit dans la nuit du 12 au 13 août 1961. A 1 heure du matin, le métro qui relie les 2 parties de la ville cesse de fonctionner. On avait pris soin auparavant de stocker 40 kilomètres de barbelés et des milliers de poteaux dans les casernes. 25000 miliciens sont disposés le long de la ligne de démarcation entre les 2 états. Soit 1 tous les 2 mètres.
Le Mur coupe 192 rues (97 entre les deux Berlin et 95 entre Berlin-Ouest et la RDA), 32 voies ferrées, 8 lignes de S-Bahn et 4 de métro, 3 autoroutes, plusieurs rivières et lacs. Sur les cours d’eau, le Mur, constitué de grilles immergées, est constamment patrouillé par des vedettes. 
L'image de Rostropovitch y jouant une sarabande de la deuxième suite de Bach en mémoire des victimes du mur restera pour toujours hautement symbolique. Le mur tombe le 9 novembre 1989.
 
2. Mise en scène du conte. Il est dit en 7 tableaux. Conter en tableaux permet de mieux suivre la structure du conte. Et d'apporter à chacun des évolutions ou des développements sans toucher à l'ensemble du conte. Certains tabeaux s'appuient sur les plans de cinéma.   
     1er tableau. Lancement de Rostropovitch (la musique) qui joue Bach, les enfants ont les yeux fermés, on est aux pieds du mur de Berlin. On écoute Bach. Un enfant à 1000 kms de là, entend jouer Rostropovitch (radio). C'est Alexandre. Il découvre le même jour, Berlin, Rostropovitch, Bach et le violoncelle
     2nd tableau. L'arrivée du cirque la nuit, retour en arrière sur la décision d'accueillir le cirque. On peut ajouter là 2 nouveaux personnages, 2 enfants qui ne dormiraient pas et assisteraient à l'arrivée du cirque, on pourrait les retrouver tout au long du récit. Au tableau 3, derrière la porte de la caravane, elles sont sur le chemin de l'école et entendent ce qui se passe derrère la porte. Puis on les retrouverait au tableau 7 (spectacle) et enfin au tableau 8, au moment où Alexandre quitte le cirque.
     3ème tableau. A l'intérieur de la caravane entre le père et le fils, "on ne fera jamais rien de toi"
     4ème tableau. Le lion a disparu, Alexandre s'en rend compte en sortant de la caravane, alerte puis organisation des battues. L'alerte est lancée, la narration est accélérée, nombreux verbes d'actions et entrée en scènes de nombreux acteurs, police, pompiers, villageois.   
     5ème tableau. la recherche du lion, on entend rugir, non, on n'est sûrs de rien, on cherche dans 4 directions (la colline, la forêt, la rivière, les champs de blé). La scène est assez longue, tous les soirs on compte les hommes et les bêtes. Les enfants sont maintenus à la maison. Le ton monte entre les gitans qui cherchent et qui ont perdu le lion et les villageois qui disent les voir rôder autour de chez eux,
     6ème tableau. le samedi, le moment de la décision. Maintient-on ou non le spectacle ? La décision est prise par le maire en conseil municipal, narration des débats, le spectacle aura lieu, les artistes sont épuisés, ils ont cherché le jour et répété la nuit.
    7ème tableau. Le spectacle, gradins remplis, hostilité du public, les villageois, 2 communautés se rencontrent là
          scène 1 : Alexandre, le père dans les coulisses s'apprête à lancer la soirée. A chaque fois, décrire le numéro et le comportement du public, à travers le comportement des  mères et des enfants. "Chut, on n'est pas là pour ça". 
          scène 2 : 1er numéro, les trapézistes, faire fermer les yeux aux enfants, la scène est plutôt imaginée. Surtout les vêtements et les figures dans les airs, insister sur la lumière et les couleurs. Toute la scène est décrite alors que les enfants ont les yeux fermés.
          scène 3 : 2nd numéro, le clown, développer cette partie, chercher des vidéos de clown
          scène 4 : 3ème numéro, l'écuyère, développer cette partie.
          scène 5 : le spectacle est terminé, Alexandre, le père doit remercier la foule, ça gronde, ça tape dans les gradins, ça tape dans les mains, mais ça n'acclame pas, ça proteste, ça va régler ses comptes. La scène se passe dans les coulisses.
          scène 6 : l'entrée en scène d'Alexandre, le fils, on entend  d'abord la musique. Rostropovitch. Puis l'on voit le gosse qui porte son violoncelle, c'est importable un violoncelle, on le voit le porter, le gosse joue. Scène assez longue, la foule s'est tue, les mains des mères ont quitté celles des enfants et leur bouche, on est bouche bée. On joue Bach, c'est le gosse qui joue Bach.
     8ème tableau. Alexandre quitte le cirque, prend le lion et laisse son nom, il s'appelera désormais Alexandre Romanès et non plus Bouglione. On le voit s'éloigner sur les routes.
 

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